Visiter Singapour en 2 jours avec une patte folle

 

Avoir une patte folle se définit de la sorte= la patte est le membre qui permet de se déplacer, notamment dans les rues de Singapour, et donc la jambe. Avoir une patte folle, c’est avoir une jambe handicapée, disons par un accident de scooter sur l’île de Langkawi, qui ne répond pas aux commandes envoyées par le cerveau (du type: “plie toi et marche imbécile de papatte), et qu’on imagine possédée ou autonome. Pour le coup, elle est bien autonome lorsqu”il s’agit de se chopper une infection: c’était pas du tout une commande envoyée par mon cerveau. Ou alors, il y a une très mauvaise communication entre mon cerveau et le reste de mon corps: ce qui, cela dit, pourrait expliquer de nombreuses choses.

Mais laissons-donc de côté cette bataille entre mon cerveau et mon corps: tout le monde s’en fout, ce que tout le monde veut savoir, c’est ce qu’il y a donc à faire à Singapour!!!
Je ne vous en veux pas, parce que vous avez raison, Singapour, c’est vraiment trop cool.

Singapour, finalement, on ne sait pas trop ce que c’est: est-ce un pays? Un état? Une ville? Un ovni? Tout ça à la fois, visiblement.
C’est un peu comme le Vatican, ou Monaco: on ne comprend pas trop le pourquoi du comment, on sait juste que ça fonctionne. La particularité supplémentaire de la Cité-Etat qu’est Singapour, c’est le melting-pot de cultures, de populations, d’origines, de langues (anglais, malais, tamoul, mandarin, breton et j’en passe et des meilleures) et donc de religions et de nourritures. Le tout cohabitant pacifiquement, dans le respect et dans l’harmonie la plus totale; c’est un vrai plaisir que de se promener dans la ville (enfin, quand on a deux jambes valides…), et de découvrir ses quartiers avec différentes empreintes: le quartier chinois, le quartier indien, le quartier des affaires, la célébre Marina Bay…
(ps: je déconne on entend pas de breton! Quoique, des Bretons, il y en a partout).

On sent que ce mélange de cultures et d’ambiances constitue la vraie richesse de Singapour; et Singapour… c’est riche! L’une des villes (pays? Etat? Je ne sais plus) les plus riches au monde. D’où le fait, pour la tranche de population des “backpackeurs fauchés” dont j’admet faire partie, qu’à Singapour, on y reste généralement pas plus de 2 jours. Surtout après un voyage en Malaisie, avec des prix de logements et de nourritures très abordables (quoique plus chers que le reste de l’Asie); lorsqu’on arrive à Singapour, on frôle le malaise vagal à la vue des prix (rien à voir avec le fait d’avoir une jambe complétement infectée, non non non).

Si ce n’était la diversité des cultures et la chaleur moite et étouffante typique de l’Asie du sud-est, et les fameuses douchettes présentes dans les toilettes, on se croirait finalement dans une capitale européenne.

Objectif 1: Trainer sa patte folle dans le quartier chinois

Parce que je ne suis pas venue de si loin (en fait.. j’étais pas très loin, une heure d’avion de Kuala Lumpur, mais soit) pour me retrouver dans un ersatz d’Europe, je choisis le dépaysement et élis domicile dans le quartier chinois de Singapour. Et aussi, accessoirement, parce qu’on y trouve les auberges de jeunesses les moins chères de Singapour, mais encore une fois, ce n’est qu’un détail.

 

Premier obstacle de ma nouvelle (et fort heureusement, temporaire) situation d’handicap: le port d’un backpack à travers la ville pour rejoindre l’auberge de jeunesse. Bon, la navette aéroport m’a déposé au pied de mon auberge, mais quand même, un backpack, c’est lourd. Enfin, plus vraiment, j’en suis maintenant à 10 kgs à force de semer mes affaires désormais inutiles au gré du vent tel le petit poucet voyageur: pulls à maille, t-shirts damart et chaussettes triple épaisseur pour affronter le froid néo-zélandais… pas vraiment adéquates à la vie en Asie.
Mais quand même.

Deuxième obstacle: les vicieuses marches & autres foutus escaliers. Les chambres se situent à l’étage de l’auberge de jeunesse: détail tout bête, mais qui devient très important lorsque son genou à décider de faire la grêve du pli. Obstacle qui va me poursuivre d’ailleurs tout au long de mes visites à travers Singapour: marches pour prendre le tram, la petite marche sournoise pour entrer dans les restos, les magasins, et tous ces trottoirs, qui deviennent d’un coup notre ennemi public n°1.
Croyez-moi, j’ai une toute nouvelle compassion pour les personnes en situation d’handicap: la ville, c’est juste l’enfer. Tout semble ligué contre vous. Et tant qu’on l’a pas vécut, on ne s’en rend pas compte…

Je passerai ici les délicates étapes de l’utilisation des toilettes et de la douche avec une patte dans le sac, mais si vous aussi vous avez eu un jour un souci de papatte, vous comprendrez ma peine.

Fort heureusement, le quartier chinois est tellement sympa, vivant, dépaysant, les restos (dont certains mêmes végans, qui l’eut crû au milieu de tous ces canards laqués!) et les cafés tellement accueillants pour reposer ta douloureuse patte, que finalement, on oublierai presque la douleur. Les temples y sont, comme en Malaisie, vraiment magnifiques: ça serait dommage de passer à côté de ces majestueux et mystiques endroits, surtout à l’heure de la prière… Heureusement, à l’allure où je marche, je ne passe à côté de rien!!! Et je n’oublie pas de brûler un encens pour m’auto-souhaiter un bon rétablissement, en faisant une petite prière pour toutes les pattes folles, cassées, et en douleur de ce monde.

 

 

Histoire de consolider ma prière, je fais un détour (de 500 mètres, soit 3h de marche pour moi) vers un temple hindou du quartier chinois: pas d’encens à brûler cette fois, cela ne m’empêche pas de profiter du moment, et d’admirer ces belles femmes avec leurs beaux saris à l’heure de la prière.

 

Après avoir marché donc 1 éprouvant km dans mon entière journée (bien loin le temps de mes 45 kms du Kepler Track), que diable, il fait déjà nuit: un arrêt dumplings dans mon nouveau resto chinois-végan-pas cher préféré, et me voilà parée à capturer quelques scénes de nuits dans ce quartier chinois, qui s’anime et se pare des plus belles couleurs et d’une merveilleuse ambiance, plus encore qu’en journée.

 

Les fameuses dumplings, succulents, animaux-friendly et pas chers!

Objectif 2: Trainer sa patte folle dans le quartier indien

Le quartier indien, 2-3 arrêts de métro de Chinatown, et nous voilà parachutés dans un autre monde, un autre pays, une autre ambiance: Little India!!! L’Inde, comme si nous y étions: une bonne immersion également, avant d’être parachuté cette fois-ci au Sri Lanka, ma prochaine destination.
Little India, c’est l’effervescence: de couleurs, de personnes (y’a beaucoup de monde en Inde, à Little India aussi), de bruits, d’odeurs, de saveurs, d’épices, de saris et sarongs, de regards appuyés de certains hommes, tout comme en Inde, je vous dit. Cela dit, ces regards appuyés tenaient peut-être plus du fait de me voir traîner ma patte dans un râle d’agonie qu’à ma beauté fatale…!!! Surtout quand, après une longue marche de souffrance sur 500 mètres pour aller visiter un temple, je tombe de désespoir, quand je vois le panneau “fermé cet aprèm, repassez plus tard, rien à carrer si vous avez une patte folle”. La vie, parfois, est injuste. Loin de me laisser abattre, je me réfugie dans un resto local, où je me rempli la panse avec un plat indien plus que succul’.

 

Ce repas indien gargantuesque, pour une bouchée de pain!

Objectif 3: Trainer sa patte folle à Marina Bay

Patte folle ou non, une visite de Singapour ne saurait être complète sans un passage à Marina Bay, de nuit de préférence! S’il y a bien une chose à faire à Singapour, c’est d’admirer le spectacle de lumières sur les fameux arbres de Marina Bay, tout droit sortis du monde d’Avatar. Paul, un sympathique allemand rencontré sur ma route, se prend d’amitié pour moi (ou plutôt… de pitié pour moi, au vu de mon état) et m’accompagne voir le spectacle. Mes voyages sont truffés d’allemands qui se greffent à moi! C’est toujours un plaisir, tant qu’ils ne me proposent pas une ballade en scooter. Une chose que j’ai apprise dans la vie: ne jamais faire de scooter avec un/e allemand(e)…!!! Voyager, c’est quand même plus agréable avec ses 2 papattes.

Tous les soirs, c’est toute la populasse touristique de Singapour qui se donne rendez-vous à Marina Bay, même une famille de française rencontrée au beau milieu de la jungle de Taman Negara et que je rencontre par hasard (souvenez-vous, nous avions bravé avec ma morue la djungle sur un trek de 2 jours 1 nuit dans une grotte!). Passé la magie du spectacle et de ses couleurs, c’est le moment d’angoisse spécial “agoraphobe à la patte folle”.
Heureusement, on réussit à se frayer avec Paul un passage parmi la foule en délire: non mécontente d’être toujours sur mes papattes après cette terrible épreuve, on se hisse en haut d’un immeuble pour prendre l’air et admirer THE VIEW de Singapour, où la encore, tout le monde se prend de pitié pour moi et ma papatte.

 

Remake d’avatar

Vue “pas dégueu” du rooftop le plus haut du monde!

 

Qui l’eut crû; souffrir d’une blessure de guerre lors d’un voyage, c’est un moyen (comme un autre…) de se faire pleins de nouveaux amis et de s’attirer la sympathie des locaux. Je n’ai pas compté le nombre de fois où des locaux se sont arrêtés pour savoir ce qui s’était passé, comment j’allais, s’ils pouvaient m’aider… Et je ne compte pas non plus le nombre de fois où des voyageurs m’ont répondu “ah oui moi aussi j’ai eu un accident de scooter/ tuk tuk/ vélo/ voiture/ éléphant en Asie! Comme dirait l’autre, on sait ce que c’est.”

On sait ce que c’est de ne pas pouvoir s’asseoir sur ses toilettes pour cause de genou pourri.

 

Bye bye Singapour, hello Sri Lanka!

C’est donc munie de ma patte folle, de mon backpack de 10 kgs, de bons dumplings plein le ventre et d’agréables souvenirs de Singapour, que je me dirige vers l’aéroport.
Prête, comme on peut l’être avec une infection de la jambe, à embarquer pour ma prochaine aventure, et non des moindres: une mission humanitaire de 3 mois dans le nord du Sri Lanka, sous l’égide de l’ONG Street Child.
Loin de tous mes répères (enfin, de toute façon je crois que je les avais déjà oubliés quelque part en Nouvelle-Zélande), pour une immersion complète et prolongée dans une culture diamétralement opposée à la mienne, avec de nouveaux codes, de nouvelles façons de penser et d’appréhender les choses, de nouvelles langues, un nouveau climat, et de nouvelles épices à intégrer. Sans oublier d’apporter le maximum d’aide et de soutien que l’on peut à des communautés dans le besoin, pressées de nous rencontrer.

Une toute nouvelle dimension du voyage donc; à mon sens, la moins facile en terme d’adaptation et d’intégration, mais de loin la plus exaltante et enrichissante. Finalement, n’est-ce pas cela le plus beau des voyages? Le voyage humanitaire, le voyage vers l’humain? Le voyage à la découverte de l’autre, et au passage, le voyage à la découverte de soi-même…?

Après ces merveilleux chapitres de ce fantastique voyage qui a débuté il y a plus d’un an, et qui m’a mené de la Nouvelle-Zélande, aux îles Cook, en passant par l’Australie et la Tasmanie, puis en Malaisie pour s’achever à Singapour, il est temps pour moi de refermer (définitivement, ou temporairement, la vie est pleine de surprises…!) le livre “Je peux pas j’ai haka”, et d’en commencer un tout nouveau sur mes aventures au Sri Lanka (que je vous communiquerai très prochainement!).

J’espère vous y retrouver, vous embarquer une nouvelle fois virtuellement dans mes voyages, vous faire sourire, rigoler, songer, peut-être rêver, peut-être vous convaincre de franchir le pas de votre voyage à vous: et vous remercie encore mille fois, vous, familles, amis, sympathisants, mystérieux inconnus, de suivre fidélement mes plus folles aventures autour de ce monde, ô combien riche et merveilleux!

Si vous essayez de me contacter sur ce blog, et que je ne réponds pas, c’est que…

… Je peux pas, j’ai haka!!!!!!!!

😀

2 Replies to “Visiter Singapour en 2 jours avec une patte folle”

  1. Yes vivement la suite!

    J’ai pensé a d’autres titres mais je ne peux pas les partager ici….

    1. dis donc ça m’intrigue 😀 ce sont des titres dignes d’un carton sale?

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