Un PVT, c’est comme un saut en parachute

Queenstown, c’est la ville branchée de Nouvelle-Zélande : c’est l’une des plus grosses villes de l’île du Sud. À taille humaine et largement visitable à pied, elle attire énormément de visiteurs tout au long de l’année. Restos réputés (notamment le Fergburger, élu meilleur burger de l’Océanie, pas par moi par contre, désolée les gars), bars branchés (entre autre l’Ice Bar à -5 degrés, doudoune obligatoire !), bons cafés, magasins pour toutes les bourses, notamment celles des plus garnies (hello l’énorme Louis Vuitton au bord de la jetée) ; tous les éléments sont réunis pour faire de Queenstown une ville vivante, animée, dynamique et hétéroclite. On s’y promène et on y vit (à condition d’être… riche) avec plaisir dans cette ville balnéaire. Nichée entre lacs et montagnes, à deux heures du Fiordland et à une heure de Glenorchy, Queenstown est le terrain de jeux de nombreux sports aquatiques l’été, de ski l’hiver, et de randonnée à toute saison.

 

Route vers Queenstown

Queenstown et bungee jump!!

 

Voila, c’était l’instant office de tourisme ! De Queenstown, je n’ai malheureusement pas énormément de photos à vous montrer : j’étais trop occupée à me gaver de glaces à Patagonia/ de burger à Fergburger/ de brunch en veux-tu en voilà, sans compter les diverses pauses cafés sushis et smoothies. Je suis d’ailleurs étonnée qu’il me reste de l’argent sur mon compte bancaire et de la place dans mes jeans.

 

Voila, c’était l’instant gourmet ! Maintenant, donnez-moi de l’adrénaline, donnez-moi du friiiiiisson ! Queenstown, c’est la capitale de Nouvelle-Zélande, que dis-je ! du monde entier en matière de sports extrêmes. Les têtes brûlées viennent de loin pour tester et repousser leurs limites. Saut en parachute de l’extrême, saut en élastique de l’extrême, balançoire de l’extrême, rafting de l’extrême : il y en a pour tous les goûts de l’extrême (et pour qui les sensations fortes ne font pas vomir).

C’est à Queenstown même que le saut à l’élastique tel qu’on le connaît aujourd’hui aurait été inventé, inspiré des sauts à l’élastique dans les îles du Pacifique.

 

Moi, les sensations fortes, c’est pas du tout mon truc : sans oublier ma plus grande peur au monde, ma peur irrationnelle, ma peur qui me donne envie de me faire dessus : le vertige. La peur de la hauteur. La peur du vide.

C’est donc pour cela, que tout naturellement, je me suis mise en tête de faire un saut en parachute.

Oui.

Oui oui.

Le rendez-vous est donc pris : de Queenstown, je prendrais une navette qui m’emmènerait à Glenorchy, pour un saut en parachute de 12 000 ft (environ 3 700 mètres d’altitude) au dessus des montagnes.

Je me pointe, après deux jours d’insomnies, d’angoisses et de diarrhées, à 7 heures du matin qui plus est : loupé, même s’il fait beau, j’apprends que le temps à Glenorchy est trop venteux et trop dangereux. Le saut est reporté 2 heures plus tard. 2 heures plus tard, alors que je n’ai toujours pas pu avaler de déjeuner ; même schilmblick. J’ai le choix soit de reporter au lendemain (qui s’annonce pluvieux et venteux), soit d’annuler, soit de le faire à Queenstown même : je reporte donc à Queenstown même, 2 heures plus tard, tant que j’en ai encore le courage. J’arrive enfin à avaler un petit bout de muffin, sans grande conviction. 13 heures : j’apprends que le vol est encore annulé. Je tente une dernière fois pour 15 heures : niet. Nada, niente.

Je commence à douter : est-ce un signe du destin que je ne dois pas le faire ? Que je vais mourir dans d’atroces conditions ? Et en même temps, de ne pas pouvoir le faire, ça me donne encore plus envie de le faire : et je ne suis pas passée par toutes ces angoisses pour rien. Je reporte donc le lendemain matin, 7 heures.

S’ensuit une autre nuit agitée, entre spasmes et cauchemars.

Lendemain matin, 7 heures : il vente, il pleut, il neigerait presque : c’est la shit. Je ne sais plus quoi penser : je ne peux pas rester plus longtemps à Queenstown (money money money), d’autant que les prévisions météorologiques s’annoncent désastreuses les jours à venir : il serait vain de reporter.

Quand soudain, lueur d’espoir : la madame du saut en parachute me dit que les conditions sont parfaites à Wanaka, à une heure de Queenstown, et qu’il reste des disponibilités.

J’enfourche donc ma kiwimobile, et aussi vite que l’éclair, me voilà rendue à Wanaka. Où je tombe, par le plus grand des hasards, sur l’un de mes anciens colocs, Markus, allemand, qui avait lui aussi quitté la maison quelques jours plus tôt. Vous ai-je dis à quel point la Nouvelle-Zélande c’est petit ? Vous-ai je raconté cette histoire de cet autre allemand que j’ai croisé 5 fois au long de mon année de manière complètement aléatoire et dans des endroits improbables ? Ou l’histoire de Carole, qui était avec moi au lycée, et que j’ai croisé plusieurs fois avec son mari, notamment à l’aéroport notre dernier jour en Nouvelle-Zélande encore par le plus grand des hasards ?

 

Je m’égare, revenons-en à mes péripéties. Markus, en parfait gentleman, m’accompagne au centre du saut en parachute. Lorsqu’on arrive, nous voyons des gens atterrir en parachute : je me dis que là, c’est bon, c’est la bonne. Je profite que Markus soit là pour communiquer mes dernières volontés (sait-on jamais) : brûler mon corps, faire 9 tas de mes cendres, et les disperser sur les 9 Great Walks de la Nouvelle-Zélande. A l’endroit le plus en altitude de chaque randos, histoire de bien emmerder les gens jusqu’au bout. Markus, de me répondre, sans une once de sentiment et de chagrin à la pensée de ma proche mort : « no way, y’a pas moyen que je me retape le Kepler Track. Ça sera sans moi ».

Comme quoi, y’a pas qu’à moi que le Kepler Track a laissé de lourdes séquelles.

Là, le moment fatidique arrive : après un dernier tour au pipi room, où j’envisage de m’enfuir par la fenêtre, on me fait signer un papier comme quoi ils ne sont pas responsables de ma mort bla bla bla, ils me montrent une vidéo qui me donne envie de vomir, ils m’équipent, en me mettant un masque à oxygène à portée de main « au cas où ».

Malgré l’angoisse, je fais bonne figure : j’embarque dans l’avion. Qui décolle. Et voooole, au dessus de Wanaka, et de ses merveilleux paysages ; c’est encore plus beau vu de là-haut. J’en oublierai (presque) ma peur. Quand soudain, le pilote nous annonce, au bout de 5 minutes de vol : « euuuh les gars ça va pas être possible, trop de vent. On annule tout » .

 

JE CROIS MOURIR.

 

Tous les vols sont annulés pour le reste de la journée, pour cause de vent déchaîné : de dépit, je rentre sur Wanaka manger un burger avec Markus avant qu’il s’en aille vaquer à son road trip (je me rends compte que j’ai passé une bonne partie de ce séjour à manger des burgers, il est vrai). Je me résigne, et me dit que l’univers ne veut pas que je saute en parachute.

Je passe une bonne nuit d’un sommeil de plomb, après toutes ces nuits d’insomnies et toutes ces émotions. Au petit matin, 6h30, j’ouvre les yeux : il fait un temps radieux. Froid, certes, il a même gelé pendant la nuit : les montagnes sont recouvertes de neige. Mais pas une once de vent !

Et là, ce sentiment, cette intuition qu’aujourd’hui sera LE jour. Le jour où je ferai enfin ce put*** de saut en parachute. Le jour où je vaincrai mes peurs.

J’appelle la compagnie de saut en parachute : je n’en crois pas mes sourdes oreilles : la dame me dit que les conditions sont idéales, y’a plus qu’à.

Je fonce donc au centre, ne réalisant pas tout à fait ce qu’il m’arrive, après toutes ces vaines tentatives.

Je revisionne la vidéo, qui me redonne envie de vomir, refait un tour au pipi-room, et rodée, me laisse équiper de la tenue de cosmonaute + masque à oxygène à portée de main. Toute l’équipe me salue par mon nom (ils commencent à être habitués à me voir traîner par là). Aujourd’hui, si Dieu le veut, c’est Jamie qui m’accompagnera pendant le saut. Je souris, fait des blagounettes, haha, même pas peur, monte dans l’avion. Qui encore une fois démarre, décolle, s’envole, tout le topo habituel. Cette fois-ci, il vole de plus en plus haut : 9 000 ft, 10 000 ft, 11000 ft.. Et là il nous reste 1 ft à gravir avant de se jeter dans le vide.

C’est un jour parfait pour se jeter d’un avion!
Sourire de la fille qui d’angoisse n’a pas dormi depuis 4 jours

Vue de Wanaka, de tout là-haut!

Je commence à paniquer : l’avion n’a pas l’air de faire marche arrière cette fois-ci. L’envie de vomir revient peu à peu. Pour être carrément intense au moment où l’un des moniteurs ouvre la porte : le premier d’entre les tarés qui comme moi ont payé pour potentiellement mourir écrasé comme une crêpe se lance.

Merde merde merde

Je le vois faire, je vois le vide, de mes yeux vu : une part de moi à envie de tomber dans les pommes, une part de moi et quand même excitée. Telle une pro, je me glisse, Jamie dans les pattes, jusqu ‘à la porte, m’assied au bord de l’avion, exécute toutes les positions pour le saut en parachute : jambes dans le vide, hanches devant, cerveau en mode off pour ne pas réaliser ce qu’il se passe, tête contre l’épaule de Jamie (le frapadingue qui fait ça tous les jours), signal qui donne le feu vert. Et là…

RE merde merde et merde de merde

 

HHHHHAAAAAAAAhhhhaaaaaaaMouuhaaaaahhhaaaaAAAAAhhhAAA(vomi)AAAAHHHHHHAHHAHaaaaaaaaaaaaaaAAAAaaa.

Les premières secondes sont terribles : je ne sais pas comment respirer, j’ai l’impression que mon cœur va s’arrêter, je sens pour de vrai, le vomi qui se pointe. Ça remue dans tous les sens, ça va vite, je ne comprends rien : on passe d’une vitesse de 0 km/heure à plus de 200 km/heure en quelques secondes. De quoi vous réveillez un mort. Ou de vous endormir un vivant.

Puis, on arrive à 200 km/ heure, et la vitesse commence à stagner : je peux enfin « presque » respirer (moyennant un filet de bave s’écoulant le long de ma joue). J’ai même le temps d’apprécier la vue de MALADE sur Wanaka, ses lacs, ses montagnes enneigés, j’en prends plein la vue, c’est juste magnifique.

Puis, le parachute s’ouvre, et là, c’est que du bonheur : déjà, je me rends compte que je suis toujours en vie (élément non négligeable), puis, je vole Jack, je vole ! Je flotte littéralement dans les airs. On a vraiment l’impression que le temps s’arrête, que l’on descends en altitude tout doucement, léger comme une plume. Je chante : « I believe I can flyyyy ». Bizarrement, je ne ressens aucune sensation de vertige, et encore plus bizarrement, je ressens même une sensation unique, de bonheur mêlé à l’excitation de ce qui vient de se dérouler : je me dis que j’ai vraiment dû être un oiseau dans une autre vie. Au bout d’environ une minute, il est temps d’atterrir : sous les ordres de Jamie, je lève mes pattes en l’air (plus difficiles à faire qu’à dire), et pouf ! Nous voilà par terre. Où je me mets à rigoler, sous la pression, comme une tarée de longues minutes, allongée de tout mon long sur le sol, les jambes incontrôlablement tremblantes, probablement un reste de bave sur la joue (#sexy).

 

Essayez-vous de rester digne et sexy lorsque vous êtes balancé d’un avion à 3 700m d’altitude!
I believe I can flyyy
Cuicuicui

 

Finalement, avec le recul, ça me fait penser, qu’un PVT, c’est tout pareil qu’un saut en parachute : on prend la décision de le faire du jour au lendemain sur un coup de tête, une décision absurdement folle, grande, démesurée, insouciante, passionnante, excitante. On patiente, la boule au ventre, néanmoins le sourire aux lèvres, s’imaginant tous les scénarios possibles et inimaginables : le meilleur, comme le pire. On a parfois peur, on doute souvent, on pense même quelques fois à abandonner, ayant peur de sauter de trop haut : mais au fond de soi, on sait qu’on hésitera pas le moment venu, que c’est le meilleur des cadeaux que l’on puisse s’offrir.

Ce cadeau qui te transforme, te change, te fait grandir, te rend heureux, te fait voir la vie autrement, la vie en grand.

On prends l’avion (30 heures pour l’un, 30 minutes pour l’autre), on décolle, on prend de l’altitude, on réalise sans réaliser : on met son cerveau en mode « off », se laissant porter par la vague.

Puis, les portes s’ouvrent, parachute (ou backpack) au dos, c’est l’heure de se jeter dans le vide.

À toute vitesse : tout se passe très vite, on a toujours pas le temps de réaliser, de comprendre ce qu’il se passe. Et surtout, il faut réapprendre à respirer, à vivre, et, plus difficile encore, à lâcher prise. Puis, une fois que c’est fait, le parachute s’ouvre, et là, ce n’est que du bonheur. Du bonheur à l’état pur. Le Bonheur : celui qui t’en met plein les yeux, qui te fait découvrir le monde sous un autre angle, qui te montre des paysages que tu ne pensais même pas qu’il en existait, qui te fait découvrir des personnes que tu n’aurais jamais rencontré. Tu te rends compte que tu ne sautes pas tout seul : d’autres sautent avec toi dans le vide, d’autres sautent avec toi par la pensée, te soutiennent dans tes challenges les plus fous, les plus insensés. Tout cela te rend plus fort que tu ne le pensais : tu as vaincu ta peur, maintenant, tu peux tout accomplir !

Puis, la minute, l’année, qui passent à la vitesse de l’éclair, s’achèvent : il est temps d’atterrir. Physiquement, car mentalement, tu restes et resteras toujours perché tout là haut dans le ciel, à 12 000 ft… !

 

Et tu n’as juste envie que d’une chose : sauter de nouveau, le plus vite possible, toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !! (#OlivierMinne t’as tout pigé).

 

Et vous, quand est-ce que vous faites le grand saut ? 😉

DCIM999GOPRO

 

 

2 Replies to “Un PVT, c’est comme un saut en parachute”

  1. Waouh respect Aurore ! Quelle aventure !

    1. Tu parles du saut en parachute ou du PVT..??!!!

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