Sur la route des Milford Sounds

Comme dirait le vieux sage, c’est pas la destination qui compte, c’est le voyage, ou quelque chose dans le genre. On peut pas tromper 1 fois 1 000 personnes, on peut pas tromper 1 000 fois 1 personne…

Bref, vous voyez où je veux en venir.
Non ? Moi non plus.

Les Milford Sounds, c’est THE truc à voir en Nouvelle-Zélande : tellement merveilleux qu’ils méritent leur titre de 8ème merveille du monde. Et ce qu’il y a d’encore plus merveilleux que cette merveille ? La merveilleuse route pour atteindre la merveille. La route des Milford, c’est la merveille des merveilles de la merveillitude.

Vous-ai je dit à quel point c’était merveilleux …?

 

On the road again, again (t’as tout compris Bernard)

Info bison futé : il faut compter environ deux heures de kiwimobile de Te Anau aux Milford Sounds. Deux heures, si on résiste à la tentation de s’arrêter toutes les 5 minutes pour prendre des photos ou pour simplement admirer la vue ! Auquel cas, cela peut vite prendre la journée. Cascades d’eau, lacs, montagnes, forêts, kéas à gogo, la route regorge de trésors ; certains évidents, à portée de route ou à portée d’ouïe (kéééééaaaaa), d’autres plus enfouis, plus retirés, à aller explorer. La meilleure période de la journée pour faire ce pèlerinage? Aux premières lueurs du jour; en partant de Te Anau lorsqu’il fait encore nuit, (avec un bon plein d’essence, sinon la route de rêve dépourvue de station service/de civilisation peut vite se transformer en cauchemar) et apprécier le lever de soleil, musique d’ambiance en fond sonore. Les couleurs y sont douces, l’ambiance calme, sereine, apaisante : ajoutez-y un soupçon de froid polaire, un zeste de brume et une pincée de gel : et on obtient un mélange idéal pour un voyage vers les Milford Sounds.

Trois fois ai-je emprunté cette route : trois fois en ai-je pris plein les yeux, émerveillée à chaque fois de la vue et de la beauté des lieux. Trois fois où je me suis sans cesse rappelé que la vie est belle, que notre monde est beau ! Je pourrais prendre cette route tous les jours jusqu’à la fin de ma vie, que je ne m’en lasserai jamais.

Point de départ: la vue de ma cuisine, Te Anau

 

Marian, la magnifique

Le Lake Marian, c’est le lac caché dans les montagnes que l’on aperçoit du Key Summit (souvenez-vous, j’en parlais dans l’article Glenorchy & Routeburn Track: Gateway to paradise). Déjà séduite par cette vue, je rêvais de m’approcher de plus près de cette fameuse Marian. Rêve désormais réalisé : et je n’ai pas choisi n’importe quel jour pour le faire… C’est par un froid de canard que je m’y suis rendue : probablement l’une des journées les plus froides d’avril. Températures négatives, avec un vent à faire frissonner les pingouins les plus tenaces : pour la première fois de l’année, la neige est tombée. C’est sous un manteau blanc que je découvre les montagnes de la route de Milford Sounds…

S’il fait froid, la randonnée pour accéder au Lake Marian me réchauffe vite. À travers la forêt, le court chemin de rando de 3 heures aller-retour, abrupte et escarpé, offre une vue magique lorsqu’elle est dégagée sur les montagnes. Au bout d’une heure ½ de grimpette, j’arrive au bord du Lake Marian : j’en reste le souffle coupé. Je profite de 5 secondes de soleil sur le lac couleur émeraude; lorsque le ciel se couvre et… qu’il se met à neiger !!! De la neige ! Qui tombe ! Du ciel ! Je n’arrive même pas à me souvenir de la dernière fois que je me suis retrouvée sous la neige. En tout cas, ce n’était sûrement pas au bord d’un si magnifique lac. Pas le choix que de s’asseoir pour profiter du spectacle et savourer une banane, jusqu’à ce que mes doigts, privés de gants, deviennent tous bleus. J’aurais souhaité rester plus longtemps, et attendre peut-être un temps plus ensoleillé et dégagé pour voir la réflexion des montagnes sur le lac : la réalité est que je me caille les miches à mort, mon corps crie thé, cheminée et canapé. Je rebrousse chemin, contente de ce moment partagé sous la neige avec Marian, la magnifique.

Lake Marian la magnifique

 

Gertrude, la capricieuse et un peu bitch sur les bords

La Gertrude, elle aussi est magnifique, sublime, mais alors capricieuse et presque hostile, elle ne se laisse pas approcher comme ça… ! Il faut être chanceux, ou patient pour pouvoir l’apprivoiser.
Le Gertrude Saddle Track est une randonnée d’environ 4-6 heures, élue l’une des courtes randonnées les plus belles au monde.
Si les conditions météorologiques le permettent…

Gertrude, avant même que j’essaye de la dompter, me faisait déjà tracasser.
Pour cause : 4 de mes colocataires de ma maison de rêve à Te Anau, y ont eu une très mauvaise expérience. C’est sous un jour de forte pluie comme on peut parfois en avoir en Nouvelle-Zélande, où le ciel nous tombe littéralement sur la tête, que mes compères se sont décidés à faire cette rando, faisant fi de la météo et de l’avis de tous les locaux, qui pensaient les voir blessés, les retrouver disparus ou… morts à la fin de la journée, comme c’est déjà malheureusement arrivé auparavant.

Alors qu’ils auraient dû être de retour en milieu-fin d’après-midi : personne. 20 heures : toujours personne. 21 heures, alors qu’il fait déjà nuit depuis plusieurs heures, et qu’il continue à pleuvoir des cordes : toujours personne… Comment dire, que les colocs restants et moi-même, commençons à imaginer le pire, s’interrogeant sur quand prévenir les secours… Surtout que nous n’avions aucun moyen de joindre mes colocs : nous n’avions pas pris leur numéro, et surtout, il n’y a pas de réseau dans ce coin là des Milfords (#middleofnowhere).

22 heures, après de longues heures d’angoisse : 2 d’entre eux sont de retour, complètement trempés, complètement frigorifiés, complètement épuisés. Ils nous expliquent alors qu’ils se sont retrouvés coincés sur le chemin du retour de la randonnée, le niveau des eaux s’étant subitement élevés à cause de la forte pluie, créant des rivières et courants d’eaux inexistants lorsqu’ils ont entamé leur marche le matin même. N’écoutant que leur courage, ils ont traversé la rivière, malgré le fort courant, et presque à la nage au vue de la profondeur des eaux. Ils s’en sortent indemne avec une grosse frayeur, trouvant de l’aide non loin du parking maintenant inondé: leur voiture est elle, complètement bloquée entre 2 courants d’eau . C’est donc en stop que les 2 premiers acolytes sont revenus à la coloc de folie : les 2 autres suivront dans la nuit, sur les coups des 2 heures du matin.

Leurs péripéties ont vite fait le tour du village (les joies de la vie à la campagne) : notre boss n’était pas du tout, du tout, du tout contente.

C’est donc conditionnée par cet événement que je me lance à mon tour, seule, quelques jours plus tard. Je me lève aux aurores : il fait certes froid à Te Anau, mais le ciel est dégagé et ensoleillé lorsque je me mets en route mauvaise troupe.

J’arrive au fameux parking de « l’inondation » : la chance est (pour l’instant…) de mon côté : pas de pluie, pas de rivière, pas de traversée à la nage de l’extrême. Il fait cependant froid, très très froid. Moi qui sortais tout juste d’une angine, je me sens affaiblie et frigorifiée jusqu’à la moelle. J’entame tout de même la rando… Les paysages sont tout de suite impressionnants : je marche sur du plat, tout se passe plutôt bien pour le moment, malgré le froid et le vent, qui se fait de plus en plus fort au fur et à mesure que j’avance. Puis, la « grimpette », le fun, commence : et là, le vent déjà fort, devient incontrôlable : je peine à respirer, et je dois m’accroupir plusieurs fois, dos au vent, pour reprendre ma respiration. A cela, s’ajoute une fine pluie, ou est-ce de la neige… ? Qui tombe, et qui me glace le sang plus encore. Je continue à marcher, et me confronte en plus de cela à des plaques de verglas sur la roche : par deux fois je glisse. Je regarde autour de moi, je peine à voir à plusieurs mètres…
Pour la première fois depuis le début de mon aventure, et après une longue réflexion, je me résous : au milieu de la randonnée, peine dans l’âme, j’abandonne. Je ne me sens pas au top de ma vigueur physique, les conditions météorologiques sont épouvantables, et j’ai encore en tête l’épisode du « Gertrude Saddle Track VS mes colocs ». Je rentre me mettre au chaud au coin du feu, quelque peu déçue, mais sachant que ce n’est que partie remise.
Et puis, c’est le jeu en Nouvelle-Zélande, qui te teste sans cesse et repousse constamment tes limites : il faut souffrir, suer, se surpasser et parfois essuyer des défaites pour pouvoir ensuite atteindre des sommets… Un peu comme dans la vie, finalement.

Partie remise, qui se déroule quelques semaines après ma tentative numéro 1 : cette fois, je déborde d’énergie, mes mollets sont plus qu’entraînés après le Kepler Track, la météo est beaucoup plus clémente : s’il fait toujours aussi froid, il ne pleut néanmoins pas, il ne neige pas, et il n’y a pas de vent. Et surtout, je viens cette fois équipée : j’embarque avec moi 2 de mes colocs.
A trois, la Gertrude, elle ne nous résistera pas.

Tout de suite, la marche est beaucoup plus facile avec de bonnes conditions météorologiques : la vue, dégagée, y est encore plus époustouflante que la première fois. On y trouve encore quelques zones de verglas, mais l’ascension est tout de même moins dangereuse. La descente, elle, par contre.. !. Deux chutes coup sur coup pour moi ; une chute, à mon humble opinion la plus spectaculaire de l’histoire de la chute, pour l’un de mes colocs, juste après qu’il se soit moqué effrontément de mes propres chutes. Le karma, bitch.

Le Gertrude Saddle Track, qui m’en a fait tout de même bien bavé, restera l’une de mes plus belles randos de la Nouvelle-Zélande : en si peu de kilomètres (environ 7 kms), la variété des paysages est extraordinaire. On y trouve des cascades d’eau, des lacs à l’eau d’un noir profond, une vue magique sur les montagnes, et cerise sur le gâteau à la fin de la rando : une vue à couper le souffle sur les Milford Sounds.

Vue sur les Milford Sounds

 

Avec en prime, la visite de mon meilleur poto : monsieur le facétieux kéa, qui ne me lâche pas d’une semelle (mais encore une fois, j’avais des céréales plein le sac à dos, je pense surtout que monsieur a l’odorat puissant). Tout de même, ça en a mis plein la vue à l’un de mes colocs, qui dès qu’il s’approchait, le kéa s’en allait, pour revenir vers moi lorsque mon coloc s’éloignait.
Que puis-je y faire, tout le monde n’a pas la fibre « kéa » en lui…. !!

voila qui voila…
Kéa & Milford Sounds

En résumé, la route du Milford, c’est des merveilles, des frissons, des challenges, des oiseaux, de la nature à l’état brut : tout ce qu’on aime.
Vous êtes maintenant en condition intercybérale pour l’article qui va vite s’ensuivre: les fameux, les uniques, les magiques Milford Sounds.

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