Pollen & Happiness picking à Motueka

Début novembre, je débarque dans l’île du Sud, sans plan aucun, sans job aucun, sans itinéraire aucun, mais avec un besoin de renflouer les caisses (et la caisse : cette kiwimobile est bien brave mais me coûte un bras + un rein en essence). Après une journée d’errance dans la région de Nelson, je me pointe un beau matin dans la charmante ville de Motueka sous un beau soleil : bordée de magnifiques plages et baignée par une ambiance cool, jeune et estivale, je me dis banco, je reste ici les prochaines semaines quoi qu’il arrive. Je débarque dans la première auberge de jeunesse que je croise, leur dit « Bonjouuur, je veux un logement et un travail svous plait », ils me répondent « bien sûr ma p’tite dame, pour le logement vous pouvez squatter le parking dans votre kiwimobile, et pour le travail quelqu’un recherche justement des braves et courageux backpackers pour cueillir du pollen de kiwi». Un coup de fil à mon futur employeur, et me voilà toute fringante, prête à relever mes manches (enfin si j’en avais eu : il fait tellement beau et chaud que je vis désormais constamment en t-shirt) pour débuter la cueillette le lendemain. Puis tant qu’à y aller à fond dans le cliché de la Nouvelle-Zélande, autant travailler dans l’industrie du kiwi.

Motueka, la ville du picking en folie

Le principe est simple : tu repères le pollen à maturité, tu le cueilles, tu le mets dans ton baluchon, tu reçois l’argent. 1 kilo de pollen = 10 dollars, alors plus tu te bouges le fion, plus t’es riche. Sauf qu’un kilo de pollen, c’est comme un kilo de plume, ça s’atteint pas si facilement… ! Surtout quand tu n’as plus 20 ans (même si tu prétends le contraire) et qu’en plus c’est le vrai dawa au niveau de tes vertèbres lombaires. Les premiers jours sont… difficiles : j’ai le dos, les épaules et les cervicales en compote, de la peine à me mouvoir, même à m’allonger, et je me retiens d’éternuer de peur de me faire une sciatique. On me dit qu’au bout de 2/3 jours le corps s’habitue et que ça ira de mieux en mieux : c’est absolument F.A.U.X. Moi ça allait de mal en pis, avec peut-être un léger mieux au bout de 2 /3 semaines (= soit la fin de mon contrat). Si toi, ostéopathe, kinésithérapeute ou même masseur, tu souhaites t’installer en Nouvelle-Zélande, il y a un sacré business qui t’attend du côté de Motueka… ! (et je serai ta première cliente).

La ligne du paradis du pollen de kiwi
Pick pick pick pick
Un petit baluchon bien rempli
$$$

Malgré la peine physique, mon expérience dans le picking restera avant tout une très belle aventure, et ce pour plusieurs raisons que j’exposerai en quatre parties qui s’ensuivent :

  • prem’s: après avoir travaillé 4 ans enfermée dans un bureau à l’air climatisé, à la lumière du néon, scotchée à ma chaise devant mon écran d’ordinateur, quel plaisir de travailler dehors, au contact de la nature, sous le soleil néo-zélandais et de pouvoir respirer du vrai air (et certes probablement du pesticide, mais respirer tout de même). Puis, argument non négligeable, l’emplacement du lieu de travail est tout simplement magique. A 20 minutes sur ta gauche, tu enfiles tes chaussures de randos pour de magnifiques balades dans la chaîne montagneuses et forestières du Kahurangi National Park, à la rencontre des kéas. A 15 minutes à ta droite, se trouvent des plages sublimissimes à sable orange et eau turquoise, à deux pas de l’Abel Tasman, où tu peux facilement te rendre après une longue journée de travail pour te relaxer, manger une glace et piquer une tête dans l’océan. Et si l’eau de la mer n’est pas assez froide pour soulager tes pires courbatures, tu as toujours l’option des sources gelées et translucides de Riwaka Resurgence, 10 minutes au nord de Motueka. L’eau prend source directement des montagnes : elle est tellement froide qu’elle te brûle la peau, qui passe du bleu au blanc au rouge (et bim te voila transformé en drapeau de la France). Mais l’eau est tellement claire, tellement belle, tellement envoûtante, que t’es obligé d’y plonger (après avoir trempé ta nuque pour éviter tout choc thermique bien sûr!!!) et en ressortir avec un cri rauque et guttural qui te vient du fond des entrailles.

Le charmant port de Motueka
et ses bien charmantes plages de sable orange

Mon QG après le boulot

Riwaka: “Le lac est beau, fraîche est son eau, c’est délicieeeux”

  • deu’z : le picking s’est avéré être la plus efficace et rentable des cures méditatives. Les gestes étant très répétitifs, et les occasions de papoter avec ton voisin étant assez limitées dans la journée, tu te retrouves très vite à réfléchir et à méditer : sur toi, ta vie, ton œuvre. Les sujets de réflexion, qui sont assez futiles en début de journée (oups j’ai encore oublié de ramasser mon linge, oups j’ai encore oublié de faire les courses et de racheter du chocolat fuck ma vie est foutue), se transforment vite (surtout lorsque la batterie de ton mp3/portable est à plat) en de profonds et intenses débats philosophiques et existentielles. Ton esprit se ballade dans les remous de ton cerveau qui tourne à 100 à l’heure, tu te remémores des instants de ta vie bien enfouis, de personnes dont tu avais oublié l’existence, tu te questionnes sur ta présence sur cette Terre et dans ce monde. Tu commences à communiquer à ce qui t’entoure : aux arbres, aux abeilles qui deviennent tes meilleures amies, même aux canards qui se promènent par là. Des fois tu vas tellement loin dans l’état méditatif que ton esprit se retrouve à planer au dessus de ton corps qui continue de picker picker picker (money money money).

    (Note à moi-même : il faudrait vraiment vraiment que je me renseigne sur la composition de leurs pesticides. Pas sûre que ça soit très légal et licite tout ça.)

    Quoi qu’il en soit, cette période de méditation et d’introspection, probablement combinée à l’influence des personnes qui m’entouraient à ce moment-là, m’aura au moins conduite à une décision plus que positive dans ma vie : un soir, après une longue journée de picking, et après au moins deux années de « flexitarisme » et de réflexion sur le végétarisme, j’ai tout simplement pris la décision de manger de la viande pour la dernière fois. J’ai commandé indien, mangé deux morceaux de poulets de mon Butter Chicken, et faut croire que mon corps était déjà prêt à être végétarien, parce que je n’ai tout simplement pas pu manger le reste de poulet. Qui sait, une autre session dans du fruit picking et je tournerai peut-être végane.

  • troi’z : je crois que mes anciens collègues ne pourront qu’approuver: j’ai la fâcheuse habitude de pousser la chansonnette lorsque je travaille. Cela dit, quand je ne travaille pas aussi. Et même si j’ai un registre de chansons que j’estime être d’une incroyable variété et diversité (avec une légère préférence pour la chanson pourrie qui te reste en tête des jours et des jours durant), et avec une voix que l’on compare fréquemment à celle d’un ange, d’une sirène, ou encore à celle de Beyoncé, ça peut vite lasser, voire user mon entourage (et moi même). Mais quand tu fais du fruit picking, tout le monde écoute sa musique dans son coin, la tête dans les arbres, tu as donc le champ libre pour chanter à t’époumoner, faire tes vocalises, et même danser si l’envie te vient (certains ont d’ailleurs de sacrés déhanchés, en parfaite adéquation à la cueillette de fleurs.)

    En trois semaines, j’ai enfin eu l’occasion d’explorer les tréfonds des trésors de mon mp3, dont la quasi-majorité des chansons ont été glanées à droite à gauche. J’y ai trouvé des choses intéressantes, surprenantes et… inquiétantes (celui ou celle qui m’a refilé en douce du Gilbert Montagné et la chanson de Mario Kart, je le retiens). Il est par ailleurs intéressant d’analyser le pouvoir de la musique sur la productivité (et la non-productivité) au travail.

    Ainsi :

  • de la chanson régressive de Spice Girls ou de Britney Spears, de la musique made in home de Matmatah, ou tout groupe de rock anglais bien nerveux (de Kaiser Chiefs aux Arctic Monkeys en passant par les Black Keys) vont accroître considérablement ma productivité et me faire cueillir sans trop de peine (hormis celle dans le dos bien sûr) 16/17 kgs de pollen par jour. Un peu de zouc ou de Major Lazor et je me mets même à bouger mon petit boule.

  • Carburer à l’électro (Ratatat, the Shoes ou Bloody Beetroots) ou au rock bien lourd style ACDC ou Marilyn Manson ça peut marcher également, mais avec modération, car ça peut te conduire à arracher les fleurs, les branches et l’arbre entier si en plus t’es un peu mal luné.

  • A l’inverse, il est fortement déconseillé d’écouter sur une trop longue période du Bob Marley ou du Jack Johnson, au risque de ne même pas atteindre les 8 kgs par jour (par contre y’a rien de mieux si t’es dans le mood pour communiquer avec les abeilles).

Oublie de recharger la batterie de ton mp3, et te voilà reparti pour une longue journée de méditation.

  • quar’z ? (je sais pas il y a une suite au prem’s deu’z troi’z…?) Bref, last but not least : la super ambiance du fruit picking et les merveilleux collègues de cueillette qu’on s’y fait. Le picking, c’est un peu l’auberge espagnole, en version champ, sciatique et marques de bronzage honteuses : c’est tout simplement un passage obligé pour tout PVTiste qui se respecte (… et qui est fauché, avouons-le). C’est un fabuleux melting-pot international qui se retrouve à cueillir de la fleur, tel un groupe d’hippies, dans la joie et la bonne humeur. On y entend parler toutes les langues : du français bien sûr, de l’allemand (reste t-il un seul allemand en Allemagne ou sont-ils tous en Nouvelle-Zélande …?), de l’espagnol d’Espagne, de l’espagnol d’Argentine, du mandarin, de l’anglais britannique, de l’anglais kiwi, de l’anglais mixé à d’autres langues, de l’anglais approximatif que nous seuls voyageurs des 4 coins du monde pouvons comprendre (ou pas). Plus qu’un travail, on y découvre la diversité du monde, ses cultures, ses différents humours, ses modes de pensées. Et se tuer le corps toute la journée, ça crée du lien, de l’amitié, on se soutient, on se challenge, on se crée des défis, on se partage les bons plans pollen (et le numéro de la ligne du paradis du pollen quand on est vraiment très très copains). Par contre, quand les derniers jours la fleur vient à manquer, alors là tous les coups sont permis, il n’y a plus de foi ni loi qui tiennent, jusqu’à la séance barbeuc/yoga/apéro du soir !!;)

En résumé, mon job dans le fruit picking, même si j’y ai laissé une lombaire ou deux de plus, c’était avant tout une fabuleuse expérience humaine, beaucoup de rigolades et de belles rencontres, qui te font même oublier que tu travailles… Et c’est avec un gros pincement au cœur que j’ai dû dire au revoir/hasta luego à mes petits collègues de cueillette, jusqu’à la prochaine fois que notre route se croisera de nouveau, cette année ou dans 30 ans, en Nouvelle-Zélande ou ailleurs quelque part dans ce merveilleux monde… !

4 Replies to “Pollen & Happiness picking à Motueka”

  1. Toujours aussi plaisant de te lire. Par contre, je préfèrais quand c’était l’hiver chez toi et l’été chez nous :-). Nous ici c’est temps de merde à foison. Niveau des sorties ce n’ets plus ce que c’était. Pas un dynamo depuis ton départ je crois, c’est triste… Profite-bien et continue de nous faire voyager. Des bisous. Ririe.

    1. Haha t’inquiètes pas c’est de courte durée, je retourne bientôt en hiver…!!! Ici c’est pareil, c’est pas le pays de la teuf, j’ai pas encore trouvé l’équivalent du dynamo 😀

  2. Coucou chère Aurore!
    Je t’offre mes vœux les plus chaleureux de bonheur pour cette nouvelle année 2018, et même après!
    Alors que te souhaiter précisément? Tu goûtes déjà le dépaysement, le bonheur de vivre dans un milieu paradisiaque, la joie des rencontres et des échanges entre moult personnes provenant de divers horizons… Tu as ta famille en France qui t’affectionne.
    Bon alors, je te souhaite de vivre intensément le moment présent (la méditation y contribue), de “communier” avec la Nature (cf l’intelligence des arbres), de soigner au plus vite tes bobos dans le dos, et quand tu le voudras, je serai très heureuse de fêter nos retrouvailles.
    Guy s’associe bien sûr à toutes ces douces pensées.
    Bonne continuation et gros bisous!

    1. Coucou chère Tatie Touraine!
      Merci beaucoup pour ce joli message très affectueux. Je vous souhaite à toi aussi et à Guy de passer une excellente année, pleine de surprises et d’amour. Comme tu le soulignes, je pense qu’il n’y a rien de plus à me souhaiter que ce que je vis déjà 🙂 ça me fait très plaisir de voir des traces de ma famille sur ce blog! Merci pour votre soutien, je serai très heureuse aussi de fêter nos retrouvailles! De gros bisous!

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