Nelson Lakes, voyage au centre du trou du cul du monde

Si Jules Verne avait voyagé dans l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande de son vivant, je suis persuadée qu’il aurait baptisé son chef d’œuvre « Voyage au centre du trou du cul du monde » plutôt que « Voyage au centre de la Terre ». Que nenni, l’homme a préféré se consacrer à la science et à la littérature : soit, chacun son chemin, chacun son destin, et passe le message à ton voisin.

Même si tu n’as que pour voisins des canards.

C’est lors de mon « petit » détour de 520 kms, 7h de route, pour relier Picton à Kaikoura, à l’époque où la route principale était encore fermée pour travaux, que je me suis octroyée une petite pause de 2 jours bien méritée dans ce petit coin de paradis qu’est le parc national de Nelson Lakes. Faut croire que le paradis est peuplé de… ba, personne en fait ! Si quelques touristes ont eu la même idée que moi de s’arrêter à St Arnaud et au Lac Rotoiti pour un week-end au vert, la présence humaine se fait très (très) rare dans cette région de la Nouvelle-Zélande. Pour vous dresser un tableau de la situation du néant de la chose, on ne trouve même pas de réseau wifi dans le village/bourgade/hameau principal qu’est St Arnaud, pas de guichet automatique, pas de poste, et il vaut mieux tel l’écureuil avant l’hiver avoir fait ses provisions, au risque de devoir laisser un bras et un rein dans la petite supérette du coin et/ou se laisser mourir de faim. J’y étais au moment de la mort de Johnny (oui je sais je suis à la bourre dans la rédaction de mes articles, je suis hyper occupée) : croyez-le ou non, j’avais même loupé l’info. Je dois bien être la seule française du globe à ne pas avoir été au courant (#RIP Johnny).

A Nelson Lakes, on n’est donc pas au courant (dans tous les sens du terme), on ne peut pas recharger ses batteries d’ordi et de téléphone (y-a t-il même l’eau chaude ? Pas sûre) par contre on recharge à fond ses batteries. Niché au cœur des montagnes de l’île du sud, entre lacs à eau turquoise et forêts primaires, c’est une véritable bouffée d’oxygène que de s’y laisser couper du monde. Les paysages sauvages et encore intouchés par l’homme feront encore une fois la joie du randonneur : encore faut-il avoir la chance de passer entre les gouttes de pluie ! La Nouvelle-Zélande, c’est comme la Bretagne, il y a deux saisons : la saison des petites pluies et la saison des grandes pluies. Et si j’ai eu la chance de profiter d’une après-midi de ciel bleu à mon arrivée et même de pouvoir me rafraîchir dans le lac entre les anguilles et les canards, j’ai vite déchanté : la rumeur circulait dans le village qu’une grosse semaine de pluie s’annonçait le lendemain dans la matinée.

Le calme avant la tempête
Nelson Lakes, 10 humains, des anguilles et des canards
Admirez donc mon beau coup de soleil de nuque

Histoire de pouvoir profiter quand même de la visite, et parce qu’on est pas là pour être ici, je me couche à la tombée de la nuit (soit 21h, plein été) et me lève aux premiers rayons du soleil (5h, les yeux encore collés, même pas peur). Mes poignets et mollets s’en souviennent encore : je me suis fait littéralement dévorée par ces put** de démons de l’enfer de sandflies, qui, pour une raison qui m’échappe encore, adoreeeeeent mon sang (sûrement qu’il y reste quelques traces de baguettes, de crêpes et de ratatouille!). Armée de mon plus puissant répulsif, qui n’incommode que moi soit dit en passant, je prends tout de même quelques photographies, tout en faisant une danse de la pluie pour éviter qu’il ne pleuve ce jour-là (raté) et que le sandfly ne s’accroche à ma peau (raté. Raté. Raté). Rien à faire, ces affamés de sang breton arrivent quand même à me piquer jusqu’à la moelle pendant les quelques secondes d’arrêt de ma danse de la pluie pour prendre des photos du plus beau lever de soleil que j’ai jamais vu. Malgré tous les réglages que j’ai pu essayer, mon appareil photo ne rend en aucun cas justice à la beauté de cet aurore (je parle du lever de soleil, pas de moi! Défigurée par les sandflies et en manque cruel d’une douche, je n’oserai point me prendre en selfie de peur de vous effrayer et de perdre mon lectorat à tout jamais).

L’habitat du sandfly
Nuit…
… jour

Aussi fraîche que l’on peut être après 4 jours sans douche, je me dépêche d’entamer une rando matinale : le compte à rebours est lancé avant que les premières gouttes de pluie ne tombent. Cette fois, ce n’est pas Arthur qui va m’en faire baver (cf article Arthur’s pass national park – les randos du dépassement de soi), mais Robert, Bob pour les intimes. Le début de la petite rando de 4-5h se déroule sous un ciel mitigé, certes, mais plutôt dégagé : mais je le vois, le gros nuage tout gris tout plein de pluie qui arrive lentement mais sûrement… C’est donc presque en courant, voire en volant, que je me dépêche d’arriver au sommet du Mount Robert, pour pouvoir profiter d’une vue panoramique sur toute la chaîne de montagnes de Nelson Lakes, que tous les guides touristiques, le DOC, les voyageurs, la vendeuse de la supérette, m’ont vendu : en vain. A moins d’avoir le pouvoir de la vision intra-nuage (que j’aurai sûrement dû développer après avoir grandi en Bretagne), et bien, on y voit pas grand chose. Entre les premières gouttes de pluie qui me tombent sur la tronche, on devine que la vue doit être splendide, et certains rayons du soleil résistent et se reflètent magnifiquement sur le lac Rotoiti… ! Le peu que j’aperçois, me ferait presque hésiter à attendre une semaine de plus que le beau temps revienne pour pouvoir réapprécier la balade et explorer la région sous le soleil. Mais, les vivres s’amenuisant, et m’incommodant de ma propre odeur, il est temps pour moi de plier bagage, et de partir du centre du trou du cul du monde, à la conquête de nouvelles aventures, de nouveaux paysages, de nouvelles randos, mais surtout, d’une nouvelle douche et d’une connexion wifi (#retourdanslemondedesvivants!!!!)

Mount Robert (Bob) track
Moi essayant de voir à travers les nuages

.. Vous le voyez le minuscule rayon de soleil sur le lac???
A la prochaine Bob

2 Replies to “Nelson Lakes, voyage au centre du trou du cul du monde”

  1. Arthur, Bob… tu enchaînes ^^ C’est lequel le prochain ?

    1. Qui sait, il y en a pleins…! mais la je pense surtout à la prochaine: Gertrude…!! 😀

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