Mon immersion dans une communauté Maorie

KI RUNGA

KI RARO

KI ROTO

KI WAHO

RIRERIRE HAU PAIMARIRE

Je vous avais raconté dans mon article Rotorua et son héritage Maori ma première approche de la culture Maorie, et du fait que j’avais été déçue de son côté trop commercial et théâtralisé. Je recherchais une expérience plus authentique et plus vraie : et bien, je l’ai eu ! J’ai eu l’occasion (où devrais-je dire l’immense chance) de vivre une complète immersion de 3 semaines dans une communauté Maorie, aux alentours de New Plymouth, dans le cadre d’un HelpX.

Le HelpX, késako ? C’est tout simplement une expérience basée sur l’échange : quelques heures de divers travaux suivant les besoins de l’hôte (jardinage, bricolage, cuisine, entretien de la maison etc…mais aussi des tâches plus… surprenantes, comme le déplumage d’un poulet par exemple. Oui, je l’ai fait deux fois, après avoir frôlé le malaise vagal) contre l’hébergement et les repas. Un très bon moyen de voyager sans dépenser donc, mais aussi et surtout, c’est l’occasion de s’ouvrir à de nouvelles personnes, de découvrir de nouvelles cultures et d’autres modes de vie, aussi bien pour l’hôte que pour le voyageur.

Revenons donc à nos kiwis : lorsqu’en cherchant des annonces sur le site d’HelpX, je suis tombée sur cette offre, qui proposait l’immersion dans l’une des communautés Maories les plus connues de l’histoire de la Nouvelle-Zélande, je n’ai pas hésité une seule seconde à contacter l’hôte, qui m’a répondu par la positive. Le rendez-vous était donc pris : j’étais alors loin de me douter que j’allais vivre l’une de mes aventures de voyage les plus belles, les plus profondes, et les plus bouleversantes de ma vie… !

Même si la culture Maorie peut globalement se résumer en seulement deux mots : CHANTER – MANGER, j’ai énormément appris durant mon séjour sur la culture Maorie : sa langue, son histoire, ses rites et ses coutumes.

Petit Nota bene (ça peut pas faire de mal un peu de latin avant d’entamer mon article, que dis-je, ma dissertation, mon mémoire, ma thèse) : dans la volonté de préserver et de respecter mes hôtes, je prends le parti de ne pas citer le nom de cette communauté et de publier peu de photos.

Le Powhiri : la cérémonie Maorie de bienvenue et la prise de connaissance

N’entre pas dans un Marae ( espace Maori sacré et de rassemblement, à prononcer Maraï ) qui veut! Avant de franchir le seuil de la porte de ce lieu sacré, couvert aux murs de photos des ancêtres de la tribu (iwi), il faut passer par une cérémonie d’accueil. L’hôte ou l’hôtesse (à condition qu’elle soit vêtue d’une robe et qu’il n’y ait pas d’homme dans la maison, auquel cas l’homme devra se charger de faire cette procédure), se tient à l’entrée, et commence à chanter en langue Maorie, en nous faisant signe peu à peu d’entrer. Une fois à l’intérieur, la coutume veut que l’on salue les personnes présentes d’un Hongi (front contre front, nez contre nez, attention au coup de boule et à l’haleine peu fraîche), puis l’hôte continue à nous introduire à son Marae et son iwi en langue Maorie. Les plus féministes d’entre nous s’insurgeront de nouveau, mais si les invités sont de sexe opposé, l’homme s’assiéra en avant et prendra la parole en premier. (Simone de Beauvoir s’en retournerait dans sa tombe).

Et c’est là qu’arrive le gros moment de solitude… puisque l’hôte nous a accueilli en se présentant et en chantant, nous devons à notre tour lui répondre de la même manière. Pour la présentation, passe encore, mais pour la partie chant, c’est plus compliqué (surtout quand une dizaine de personnes nous scrutent du regard, sourire en coin). Allez savoir pourquoi, la plupart des invités européens choisissent de chanter spontanément une comptine pour enfant. C’est donc ainsi que je me suis retrouvée à chanter, le plus naturellement et à l’aise du monde bien sûr, «  Un deux troiiis, trois petits chats, trois vilains petits fripooons… » après un gros trou noir dans mon cerveau (qui pense à peu près à tout sauf à une chanson convenable et/ou décente).

Après cette douloureuse étape, les présentations sont désormais faites : afin de clore la procédure de bienvenue comme il se doit, il est temps de passer à table pour boire et manger. L’invité se sert et mange en premier, sans quoi les autres ne peuvent pas se servir ! Je vous laisse imaginer quand plusieurs invités arrivent le même jour : on passe pour ainsi dire la journée à table.

Pour vous dresser un bilan de la situation : depuis ce séjour, il n’y a plus un jean que j’arrive à boutonner sans me sentir ballonnée. Comptez environ 1 kilo par semaine ; ainsi, si on fait le calcul savant, j’y suis restée 3 semaines, donc +3 kilos pour bibi. Finalement, heureusement que j’y suis pas restée toute l’année, je ne passerai plus les portes… !

Et pour les Maoris, la nourriture (kai), c’est tout un art, et surtout, c’est tapu (sacré) ! Plus qu’un simple moment de plaisir et de partage, les repas répondent à une série de règles à ne pas déroger, sous peine d’offenser l’hôte, sa culture, sa tribu, ses ancêtres… Bref, vous l’aurez compris, la peine de mort y serait presque plus douce.

En voici certaines d’entre elles, parmi une liste non exhaustive :

  • Mélanger les serviettes et les torchons, jamais tu ne feras : on ne s’essuie pas le corps avec un torchon, on n’essuie pas la table avec une serviette de table, on ne les lave jamais ensemble, d’ailleurs on ne lave et on ne sèche les torchons (qui ont un rapport avec la nourriture) avec rien d’autre. Étendre sur son fil à linge un torchon avec un t-shirt ou une serviette de bain = no pasaran.

  • Tu ne t’assiéras point sur les tables à manger, les tables basses, les plans de travail… qui sont conçus pour la nourriture, rien d’autre (même pas pour ton fessier fatigué qui cherche à s’adosser sur un bout de table confo). Sous la même logique, on n’y pose rien d’autre qui n’ai de rapport avec la nourriture (ce moment de panique quand j’y ai posé mon manteau).

  • Tu apprendras à courir très vite si tu apportes quelque chose de la salle de bain ou du salon dans la cuisine. Si tu ramènes ta trousse de toilette dans la cuisine = not okay. Inversement, tu n’apporteras rien qui vient dans la cuisine dans les autres pièces, surtout la pièce de vie commune (t’oublie ta tasse de thé sur le canap sous ton plaid en piloupilou en mode pépouze).

  • Avant chaque repas, tu feras une prière en maori (ou dans mon cas, tu écouteras en hochant la tête en souriant parce que ba tu comprends rien).

  • Ce que tu mettras dans ton assiette, tu mangeras, en entier et sans rechigner. J’y ai vu un petit garçon vomir son œuf dans son assiette tellement il en pouvait plus de sa vie. J’ai eu du mal à finir la mienne après ça.

  • A manger, tout le temps tu te tiendras prêt : n’importe quel plat, à n’importe quelle heure, avec n’importe qui, pour n’importe quelle occasion. Du ragoût-pommes de terre mélangé à du porridge gluant pour le petit déj, tu diras « yummyyy ». Dîner à 16h30, après avoir pris un repas copieux à 12h, une collation à 14h, un magnum à 15h, tu t’impatienteras comme si tu avais faim. Comme si, parce que globalement, la sensation de faim tu ne ressentiras plus jamais dans une communauté Maorie.

  • Des remerciements, tu pourras pour le simple fait d’être là. Pour l’anecdote (qui sont nombreuses dans ce genre), un groupe Maori vivant désormais en Australie, de passage dans la communauté, nous a invité à dîner à l’improviste, moi, les autres helpers et quelques membres de la famille (nous étions environ une douzaine). Ils nous ont non seulement préparé un festin de roi, mais nous ont remercié toute la soirée d’être venus et de leur avoir « fait l’honneur » de notre présence. Et comme si c’était pas suffisant, ils nous ont donné tous les restes (ça nous a fait trois jours). Le monde à l’envers… !

Même si toutes ces règles n’ont rien de bien compliqué, il faut cependant un certain temps d’adaptation pour toutes les intégrer (et après avoir fait quelques boulettes, certes. Désolée… !).

Les funérailles Maories et l’accompagnement du défunt vers l’au-delà

Dès mon arrivée le premier jour, j’ai été convié à des funérailles, celles d’une femme membre de la tribu, décédée des suites d’une longue maladie. La cérémonie se trouvait dans le Marae principal ; puisque je n’y avais pas encore mis les pieds, j’ai dû recommencé l’étape du Powhiri (cette fois j’ai été épargné du 1, 2, 3 3 ptits chats, ouf). En entrant, j’ai dû faire le Hongi à plus d’une trentaine de personnes qui se trouvaient présentes au côté du défunt, qui reposait au milieu de la pièce entouré de sa famille. Sans avoir le temps de réaliser ou j’étais et ce que je faisais, et bien que je fus très impressionnée par l’événement, tous se sont montrés extrêmement accueillants et très chaleureux, me prenant dans les bras comme si nous étions de bons vieux potes, et en me remerciant d’être là, en Maori et en anglais (et même un peu en français!).

Le rite funéraire se déroule pendant 3 jours et 3 nuits, avant que le corps soit enterré : 3 jours et 3 nuits pendant lesquels toute personne qui le souhaite peut venir dire au revoir au défunt. La tradition veut que le défunt ne soit jamais laissé seul pendant ces 3 jours : les proches se succèdent au chevet, et nombre d’entre eux restent même y dormir, sur des matelas posés à même le sol. Comme les Maoris ont souvent de très grandes familles et beaucoup d’amis, le Marae est toujours très occupé pendant ces quelques jours : il n’est pas rare d’y voir toujours une trentaine, voire une quarantaine de personnes se relayant pour saluer la famille et dire adieu au défunt, même en plein milieu de la nuit.

Et pour une première soirée dans la communauté Maorie, je ne pense pas que j’aurai pu vivre quelque chose de plus intense, de plus bouleversant et de plus chargé en émotions. Loin de nos veillées funéraires tristes et silencieuses, la cérémonie Maorie est très joyeuse et se veut avant tout un moment de partage, de rassemblement et de commémoration heureuse de la vie du défunt. Les chants, les morceaux de guitare, les hakas se succèdent tout au long de la soirée. Chacun choisit, en Maori ou en anglais, de prendre la parole et de raconter un moment joyeux et/ou drôle en rapport avec le défunt. On passe ainsi du rire aux larmes : et moi qui ne connaissait cette femme n’y d’Eve n’y d’Adam, je l’ai découvert à travers toutes ses histoires retransmises par ses proches. Tout le monde rit, s’amuse, se fend la poire, et même si la plupart du temps je ne comprends rien (lo siento no hablo ya el Maori) je ris avec eux lorsqu’ils racontent (je suppose) des petites blagounettes et autres calembours. Du rire, on passe aux larmes, et émue, j’avoue avoir eu l’œil larmoyant plus d’une fois… !

Lorsqu’ arrive le jour de l’enterrement, toute la famille au grand complet se réunit, avec les amis, ainsi que les communautés voisines, parfois même de parfaits inconnus qui viennent témoigner leur respect et leur soutien : nous étions presque 200 ce jour-là. Les plus anciens, et les personnes les plus influentes de la communauté, entament un à un des discours d’adieux et d’hommages en langue Maorie, pendant près d’une heure. On ferme le cercueil, on retire toutes les plantes et fleurs qui ornent le Marae, les hommes commencent à porter le cercueil jusqu’à une voiture pour l’emmener au cimetière, en prenant soin encore une fois de ne jamais laisser seul le défunt. Les femmes, qui portent dans leurs cheveux des plumes symboles de leur tribu, se mettent à gémir, la tradition voulant que ces cris soient entendus à travers tout le pays… A faire frémir et à fendre le cœur des plus insensibles cœurs de pierre d’entre nous ! L’âme du défunt entamera ensuite une route jusqu’au nord du pays, au Cape Reinga, pour s’envoler vers sa terre natale… (souvenez-vous, je vous en avais parlé dans cet article Le Northland et ses 4 éléments – L’air, TAWHIRI )

L’âme du défunt s’envolera vers ses terres natales à partir de Cape Reinga

Au lieu d’aller à la mise en terre du corps, ne me sentant pas vraiment légitime d’y assister, j’ai préféré me rendre en cuisine aider à préparer le 2 748ème festin de la cérémonie. Parce que bien sûr, inutile de préciser que pendant cette cérémonie de 3 jours, on mange, on mange, on mange. Tout le temps. Encore et encore. Et parce qu’après tout, la vie doit continuer…

Un mois s’est écoulé depuis cet événement, et je n’arrive toujours pas à mettre des mots sur ce que j’ai ressenti ce soir-là. Comme je vous l’ai dit en début de l’article, cela restera l’un des moments les plus bouleversants de mon voyage, voire de ma vie… Un moment riche en émotions, qui fait grandement réfléchir sur le sens de la vie, sur la mort, et sur la façon dont nous l’honorons et commémorons nos ancêtres…

Les arts Maoris : le flax, le chant, la musique, le tatouage et l’art du conte

Le peuple Maori entretient un rapport privilégié avec la Terre, Papatuanuku, la nature, ses esprits et tous les éléments qui la composent. Pour la majorité d’entre eux, le recyclage et le préservation de la planète est non seulement une priorité mais aussi une nécessité. Si tu veux quelque chose que tu ne peux pas recycler, ne pense même pas à l’acheter… ! Tout se récupère donc, se transforme et prends une seconde vie. Plutôt que de consommer et d’acheter, le peuple Maori préfère construire de ses mains ce qu’il peut. C’est ainsi que se transmet de générations en générations l’art du « flax », harakeke, ou lin.

Le “Harakeke”, “flax”, ou lin

Une fois une prière réalisée pour remercier la Terre lors de la récolte du flax (qui respecte un protocole particulier, on ne cueille pas les bébés flax, seulement les vieux flax), les possibilités de créations sont infinies : du panier en veux-tu en voilà, de la décoration florale (mesdames les futures mariées, ne cherchez pas plus loin votre futur bouquet), mais aussi des tableaux, des cordes et divers support servant à la construction. C’est donc le plus fièrement possible que je peux vous dire que je suis maintenant capable de me construire une maison (certes , de fortune), en cas d’échouage à la « Lost » sur une île déserte.

L’art du flax!

Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir…

Avec les enfants de la communauté, nous avons organisé une « journée colo de vacances » : le but étant de créer de nos propres mains des bivouacs et d’y dormir la nuit. Le soleil se couchant alors assez tôt, le temps nous était compté… ! Après avoir tressés une quarantaine de cordes avec le flax, je les ai aidés à couper du bois (c’est là que j’endosse la nouvelle casquette de bûcheronne) et à récolter des fougères. Le but du jeu étant à partir de ces éléments de construire et faire tenir debout notre bivouac… Je peux vous dire que c’est pas une simple affaire ! Après nous être arrachés les cheveux, avec ma binôme, Talei-Jean, 6 ans, nous avons finalement réussi à construire notre petite cocon in extremis avant la tombée de la nuit. S’ensuit le traditionnel feu de camp aux saucisses-marshmallows, sous une pluie battante et dans un froid de canard, puis les valeureux enfants se sont dirigés vers leurs bivouacs pour y dormir (c’est là que j’avoue avec non sans honte que je me suis rabattue près du feu de cheminée dans le Marae sans même essayer l’expérience de dormir dehors, trop vieille (trop conne) pour ça). Et c’est avec une grande fierté et un sourire jusqu’aux oreilles que la petite Talei-Jean s’est réveillée le lendemain matin, même pas trempée et le bivouac toujours debout! (d’autres n’auront pas eu cette chance et se seront rabattus à 3 heures du matin au chaud à l’intérieur).

Koh-Lanta, me suggérerez-vous ? Les doigts dans le nez.

Des cordes servant à la construction d’un bivouac

 

Je me souviens avoir entendu une personne de la communauté me dire : « quelqu’un d’heureux, c’est quelqu’un qui chante ». Je peux alors vous dire que les Maoris sont des gens très, très heureux !!!

Les personnes Maories, en plus d’être très spirituelles, accueillantes, généreuses et ouvertes, sont aussi dotées de nombreux talents musicaux et créatifs.

Elles chantent comme elles respirent : toute la journée, du matin au soir, elles poussent la chansonnette, jouent de la guitare, du p (instrument Maori basé sur la jonglerie). Et elles chantent à nous rendre vraiment honteux. Ils savent tous, sans exception, très, très bien chanter, (genre comme à l’opéra : j’en ai d’ailleurs croisé qui avaient chantés à l’opéra, pour de vrai) et savent improviser des chants, en rythme, en canon, en chœur, juste comme ça, sans se concerter. Je me sens d’autant plus ridicule avec mon « 1, 2, 3, 3 p’tits chats ». (Dieu que j’ai honte).

Le chant, la danse et la musique sont un sport national chez les Maoris : régulièrement, ils se retrouvent pour des événements entre communautés, ou encore une fois, il s’agit de chanter…. et de manger.

Le chant, bien plus que d’être un art, et avant tout un mode de transmission de la culture Maorie. De nombreuses chansons sont propres à chaque communauté; elles racontent leurs histoires, leurs ancêtres, leurs dieux, leurs prières. Un peu à l’image de leurs tatouages, finalement.

L’art du chant et du poi…
… avec un petit Haka en prime!

Et du tatouage, j’en ai vu : sur les visages, le menton, la mâchoire, la bouche, les bras, les jambes, le dos, du plus jeune en âge de se faire tatouer au plus ancien. Je suis sûre qu’il y en a ailleurs sur le corps, mais je ne suis pas allé vérifier par moi-même… ! 😉

Ils sont en général assez discrets sur la signification de leurs tatouages, qui se rapportent à leur personnalité, à leur passé et à leur « Whanau » (leur famille, leur communauté). Leurs tatouages, plus qu’un accessoire, qu’un ornement, c’est une fierté, un profond engagement à la culture Maorie et à son iwi qu’il faut être prêt à porter. Ne se fait donc pas tatouer de la façon Maori qui veut (surtout nous, braves pakehas-touristes!). Dans cette communauté, le tatoueur connaît profondément chaque personne, et décide du bon moment pour tatouer, sur quelle partie du corps et avec quels motifs. En général, les personnes de la communauté, avant de se faire tatouer, n’ont aucune idée des dessins qu’il vont porter pour le restant de leur vie… Mais tous en sortent comblés et en harmonie avec eux-mêmes, le tatoueur semblant toujours parfaitement trouver le bon tatouage pour la bonne personne. Plus qu’un simple dessinateur, il est aussi doté d’une grande spiritualité et d’une certain don de clairvoyance.

J’ai entendu l’histoire d’une femme de la communauté qui était en train de se faire tatouer, quand soudainement, le tatoueur s’est arrêté, en lui disant qu’il terminerait le tatouage lorsqu’elle aura accouché de sa troisième fille… Qu’elle a eu, quelques années plus tard.

Une autre femme, se faisait dessiner un moko (tatouage sur le menton) par le tatoueur, en fonction de sa personnalité et de son vécu. Elle s’est rendue compte en le dévoilant à sa famille qu’une grande tante à elle avait eu exactement le même, trait pour trait (alors que les combinaisons sont infinies…!), et alors même que le tatoueur n’avait jamais rencontré cette tante.

Et d’autres anecdotes spirituelles de ce genre, le peuple Maori en a plein, pour qui est prêt à les écouter. Et raconter des histoires, leurs histoires, des contes et des proverbes, ils adorent ça. En plus d’être de très bons chanteurs donc, ils sont aussi de très bons orateurs, qui transmettent leur belle culture avec une grande passion. Depuis leur plus jeune âge, on les oblige à s’exprimer et à prendre la parole en public. Tous savent donc parfaitement se présenter, conter et parler pendant des heures en tenant le public en haleine. Et même si on ne parle pas un mot de Maori, cela reste extrêmement captivant. Et ils apprécient toujours lorsqu’on participe et essaye de parler quelques mots (Kia ora, Tena koutou!).

J’aurai pu rester des journées entières écouter l’histoire de cette communauté, qui a combattu il y a 150 ans le colonisateur pacifiquement lorsqu’il lui a volé, pillé et décimé ses terres, et emprisonnés ses hommes. Devant les armes, elle a riposté en offrant à manger et l’hospitalité, toujours en souriant, et en laissant les enfants jouer et chanter aux pieds des colonisateurs… Un acte de bravoure qui aurait notamment inspiré Gandhi…

Et dans une moindre mesure, qui m’inspire aussi 😉

Ka tangi te pipi-wharauroa, ko te karere o Mahuru. The shining cuckoo cries, the messenger of Spring.

Après les longs mois d’hiver, alors que le jardin dort encore, que les fleurs et plantes, éteintes, attendent pour s’éveiller à une nouvelle vie, tiens toi prêt à entendre le signal du coucou, à l’aube du printemps. N’entame rien avant cela, préserve tes forces, car tu en auras besoin. Mais lorsque tu entendras enfin son message, tu sauras alors qu’il est temps de relever tes manches, de planter ton jardin, lancer tes projets, pour pouvoir ensuite récolter les fruits de ton dur labeur quand viendra la fin de l’été.

Te Pipi-wharauroa, je préserve donc mes forces avant d’entendre ton signal… !

2 Replies to “Mon immersion dans une communauté Maorie”

  1. Tu as du bien t’intégrer car toi aussi tu sais particulièrement bien raconter les histoires 😉
    Tu leurs as raconté les tiennes?

    1. haha merci 🙂 pas vraiment, j’étais surtout là pour écouter et apprendre 🙂

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