Les chroniques du joyeux randonneur I – Mount Arthur et ses drôles d’oiseaux

Quiconque est expert en géographie de la Nouvelle-Zélande, se rendra compte de l’incohérence de l’ordre de mes articles : je passe du nord-ouest de l’île du sud, au centre-est, pour revenir au nord-ouest, alors que je suis présentement tout au bas dans le sud du sud, après avoir parcouru le centre et toute la partie ouest (vous êtes complètement à l’ouest ? C’est normal). C’est pour mieux brouiller les pistes pour ne pas qu’on me retrouve (notamment la douane néo-zélandaise, qui devra bien me chercher partout dans le pays pour m’expulser lorsque mon visa sera périmé). Et parce que c’est aussi ça la vie (et la rando par la même l’occasion), on va à gauche, on va à droite, on grimpe, on descends, on grimpe, on redescend, on fait des détours, prenons des raccourcis, sortons quelques fois des sentiers battus, on prends des risques, on se surpasse, on se surprends. On sait d’où on part, on ne sait pas où l’on va : au final, malgré les épreuves et les obstacles, on en prend plein les yeux, on s’émerveille et on savoure la ballade du début à la fin, avec l’envie de recommencer, encore et toujours.

(Je me suis un peu emportée là, non…?!). Soit, ça ne sera pas la première fois.

Que voulez-vous, je suis quelqu’un de passionnée : et depuis mon arrivée en Nouvelle-Zélande, je me suis trouvé une toute nouvelle passion : je demande, dans la famille du sport glamour… la randonnée !!! Je sais, 1 an plus tôt, on m’aurait dit « tiens, levons-nous donc à 5h30 du mat’ pour commencer une rando de 7-8 heures sous le cagnard/sous la flotte/sous la neige, qui grimpe bien et qui fait bien souffrir les gambettes », j’aurai probablement répondu par la suivante « over my dead body, plutôt mourir en enfer », suivi d’un élégant mais non moins efficace « va chier ». Mais ça, c’était avant ! Maintenant je dis un GRAND oui à la rando, je SUIS rando, je VIS rando, mes chaussures de rando sont mes nouveaux chaussons, et les circuits balisés n’ont plus de secrets pour moi ! Et si au début de l’aventure en NZ je souffrais à m’époumoner avec une rando de 3 heures (allez j’avoue, 2 heures. Bon ok 1 heure), j’arrive aujourd’hui à marcher des randos de 6/7/8 heures de niveau difficile (voire « challenging ») ! Un bon entraînement avant de passer à l’étape de la rando de plusieurs jours (même pas peur).

En attendant, on en est pas encore là, et je reviens sans transition aucune à cette histoire de brouillage de pistes pour ne pas que la douane néo-zélandaise me retrouve (cet article n’a décidément aucun sens, toutes mes confuses).

S’ils veulent donc mettre la main sur moi, je ne vais point leur faciliter la tâche : j’ai visité pas mal d’endroits en hauteur, à la force de mes mollets, éloignés de tout, retirés de toute présence humaine, de parfaits spots où vivre en ermite hors de la société et du temps, en se nourrissant uniquement d’herbes et d’eau pas très fraîche (#intothewild fever)… Endroits retirés et éloignés, mais pour autant pas complétement inhabités. On y trouve à foison de drôles d’oiseaux, (je ne parle pas ici des randonneurs mais de vrais piafs), qui je suis sûre me défendrai corps et bec pour m’empêcher de m’envoler hors de la NZ! Parce que oui, au pays du long nuage blanc, je me suis également reconvertie en l’amie des bêtes, avec une spécialisation dans l’animal volatil. On arrive à bien communiquer, on se comprends, on se ressemble sur pas mal d’aspects, et surtout ils m’adorent.

(Ndlr : je me trimballe toujours en rando avec un sac rempli de ravitaillement  (on ne sait jamais combien de temps on peut rester bloqué là-haut, et je n’ai pas vraiment envie de manger de l’herbe): barres de céréales, bananes, fruits secs et à coques, un ou deux sandwichs, parfois même du chocolat, quand les temps sont très durs. Bref, de quoi se faire un goûter des super-héros !

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi les oiseaux m’adorent.

Le Mount Arthur, dans le parc national du Kahurangi, à environ 1 heure de route avec un bolide tout épreuve (merci encore une fois kiwimobile d’être toujours présente dans mes expéditions les plus folles) de Motueka, est le parfait terrain d’exploration de ces oiseaux atypiques. Et après une semaine de dur labeur de fruit picking, quoi de mieux pour se remettre d’aplomb qu’une petite rando de 5-6 heures, je vous le demande.

Arthur, je vais te grimper dessus!

Si le début de journée est très ensoleillé avec un ciel dégagé, c’est sous un ciel gris et nuageux que j’arrive au début de la randonnée (bienvenue en Nouvelle-Zélande). Seulement, avec la « route » (ou plutôt l’amas de cailloux à flanc de montagnes sur lequel je viens de rouler pendant ½ heure), il est trop tard pour se dégonfler. Puis, le mauvais temps donne parfois une autre facette des paysages de la Nouvelle-Zélande: c’est le cas pour le Mount Arthur track. Les couleurs automnales présentes ce jour-là y étaient magnifiques, le brouillard offre un petit côté mystérieux voire mystique, d’autant que de drôles d’hululements se font entendre au gré de la ballade…

Serait-ce de l’hululement de ce mystérieux randonneur? Je ne pense pas
#into the wild, # into the fog

 

Seule au monde… Enfin c’est ce que je pensais…

Arrivée à la première hut au bout d’une heure de marche dans la forêt, prête à déguster mon encas n°1/10, je fais ma première rencontre insolite de la journée : Monsieur le Weka, Madame la Weka et leur ribambelle de petits wekas ! Endémique à la Nouvelle-Zélande, le Weka est une sorte d’hybride de genre d’oiseau, de poule, de canard, d’alien… On ne sait pas trop ce que c’est, lui-même ne doit pas savoir ce qu’il est, quoi qu’il en soit, il est peu farouche, très curieux et d’une compagnie pas désagréable (si on ne s’arrête pas manger de la bouffe devant lui, auquel cas il faudra entamer un sanglant combat). Idem, dans un registre encore plus trash, s’il décide de jeter son dévolu sur ta maison comme nouveau territoire, deux options s’imposent à toi : la délocalisation, ou la destruction de l’animal (snif) pourtant menacé. Un vrai petit sandfly accroché à ta cheville. Pour l’info culture G du jour : comme de nombreuses espèces d’oiseaux de la Nouvelle-Zélande (au même titre que le fameux kiwi kiwi kiwiii), le weka est incapable de voler (petit oiseau si tu n’as pas d’aile…!) . En revanche, il peut courir hyper vite ! Tu peux donc dire au revoir à tes cacahuètes si tu as la maladresse d’en semer tel le petit poucet pour retrouver ton chemin. Et pour l’info culture G du jour n°2 (dis donc ce que vous allez pouvoir briller en soirée mondaine après ce post !) : sachez que le choix entre le Weka et le Kiwi à été ardu lorsqu’il a fallu choisir l’emblème de la Nouvelle-Zélande. Le kiwi kiwi kiwiii (à chantonner sur l’air du fromage kiri kiri kiri) qui a finalement été élu pour ses caractéristiques uniques dans le monde du piaf.

Dans la famille du weka, je demande le père!

Revenons-en à mes mollets, qui continuent de grimper lentement mais sûrement le Mount Arthur (1 795 mètres de hauteur tout de même). Le stade de la forêt de hêtres australs dépassé, le chemin serpente entre les vallées jaunies de tussock, avec une vue imprenable sur les montagnes, malgré le temps caca! Le sommet du Mount Arthur est lui toujours bien caché (et heureusement d’un côté, je me serais peut-être dégonflée sinon si j’avais su jusqu’où il fallait grimper) ; et si on aperçoit de temps en temps quelques joyeux randonneurs à travers la brume, le sentier est tout de même peu fréquenté. Je me lance donc, seule, sans présence humaine aux alentours, et pourtant je sens que je ne suis pas seule, je sens qu’on m’observe et qu’on me guette…

Et voilà qu’on arrive dans le dur, dans la souffrance physique et psychologique. Vous ai-je déjà mentionné mon léger problème de vertige ? (je veux dire plus d’une centaine de fois?) Parce qu’arrive l’étape « challenging », à quelques 500 mètres du sommet, où le joli sentier qui sent la noisette se transforme en paroi rocheuse et hostile, qui est quand même bien haute cette goujate. Un pas de travers et… Et on y pense pas, et à la place on se force à se faire de l’auto-encouragement « allez tu peux le faire tu es une femme forte et courageuse avance et ne regaaaaarde surtout pas en baaaaaaaas ou tu vas mouriiiirr dans d’atroces souffrances ». Bien sûr, tu regardes en bas, tu as les jambes qui flageolent et tu te dis « mais qu’est ce que je fais là quand je pourrais être en train de me baigner dans les eaux translucides des plages de l’Abel Tasman », mais bizarrement tu trouves quand même la force d’avancer et de persévérer. Ndlr n°2 : ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que c’était du pipi de chat comparé à une autre rando que j’ai fait par la suite, à Arthur’s pass (décidément, que d’Arthur partout qui m’en font baver) : je vous raconte tout très prochainement dans la suite des chroniques du joyeux randonneur !! Restez connectés !;)

Maintenant je sais pourquoi on nous fait faire de l’escalade au lycée

Quand arrive enfin un moment de répit dans mon ascension, là où on ne voit plus trop le vide et sa potentielle mort, arrive la fameuse récompense inespérée et même pas attendue : ma première rencontre avec un KEA !!! L’unique perroquet des montagnes au monde ! Kéa qui se tient à quelques mètres de moi, et dont le puissant et peu discret cri résonne dans toute la montagne (Keeeeeeeeeeeeeaaaaaaaa !!! = d’où son nom). Un moment magique, inoubliable qui valait cent fois toutes les peines endurées. Et c’est talonné de ce fameux Kéa que je gravis (=grimpe, escalade avec les bras telle une alpiniste de haute altitude), les derniers mètres qui me sépare du sommet du Mount Arthur. Et même si on y voit rien en haut avec ce foutu brouillard, c’est pas grave, l’endroit reste sublime, et je suis sur mon petit nuage depuis ma rencontre avec le kéa (et pour le coup vraiment physiquement dans les nuages vu cette masse de brouillard qui m’entoure).

Un intrus se cache dans la photo: saurez-vous le retrouver?
Eh là qui va là… Mister keaaaaaa

 

J’entame le chemin du retour clopin-clopant, toujours accompagnée de mon nouvel meilleur ami qui me suit quelque part dans les airs. (Le bougre doit avoir un odorat hyper développé s’il sent ma barre de céréales à travers mon sac). Sauf qu’hélas, il est fortement interdit, défendu, NO PASARAN at all, de donner à manger au Kéa : d’une part, parce que ça l’encourage à être dépendant de l’homme, et d’autre part, parce que son petit estomac délicat ne digère pas du tout la nourriture humaine, et peut même le tuer. Alors qu’il est déjà très fortement menacé (sa population est seulement estimée entre 1 000 et 5 000 individus..). Et on a pas envie de ça, de tuer du kéa.

S’il est réputé être l’un des animaux les plus intelligents au monde, c’est aussi un estomac sur pattes, un effronté et un sacré clown, (je vous avais dit que je leur ressemblais un peu, non ?!) qui adore jouer et faire le pitre, parfois aux dépends des touristes. Ses activités favorites ? Mastiquer les joints en caoutchouc des voitures, et fouiller dans les sacs à dos, en ayant trouvé eux-mêmes le moyen de les ouvrir (gare à son passeport ! Je crois d’ailleurs qu’il doit d’ailleurs être le seul voleur de la Nouvelle-Zélande). Et aussi persécuter les pauvres petits moutons qui n’ont rien demandé, juste pour passer le temps. Même si j’adore aussi les moutons, en même temps, les Kéas étaient là avant, on leur a un peu volé leur territoire et imposé notre bétail… ! Quoi qu’il en soit, ma voiture va bien, mon sac est resté intact, mon passeport est toujours là, et pas d’attaque de mouton répertorié ce jour-là. Mon kéa s’est juste amusé à faire des petites acrobaties sous les yeux du spectateur ébahi (=moi)!!!

Laissez-moi vous présenter mon nouveau meilleur ami…
… Mister le clown!

Cela se voit même à sa tronche qu’il est farceur…!

Cerise sur le cheese-cake, le brouillard se dissipe peu à peu lors de ma descente, et j’aperçois enfin au loin la mer de Tasman, les villes de Motueka et de Nelson, mon champ de pollen picking, et toujours les magnifiques montagnes et forêts du Kahurangi National Park.

Derrière les nuages, la plage

Une très bonne journée donc, qui se clôture avec un rendez-vous avec un troisième oiseau unique à la Nouvelle-Zélande, mais un peu plus courant celui-ci, j’ai nommé s ‘il vous plaît monsieur le Pukeko. S’il est plus sauvage et moins rigolo que ces compatriotes les wekas et les keas, il est tout de même beau, n’est ce pas ?

La famille Pukeko
Une vraie poule mouillée

Mine de rien, à travers cet article, j’ai voulu vous montrer la richesse, pour commencer, des paysages de la Nouvelle-Zélande (mais là si vous me suivez depuis le début de ce blog, je ne vous apprends rien), puis de sa faune. Que bien des touristes (et locaux) malmènent… Et si on ne fait pas un peu plus attention, on peut dire adieu à mes nouveaux meilleurs amis les kéas, wekas, pukekos, kiwis et autres oiseaux au nom exotique. Ça serait quand même dommage, non ?

Alors, sauvons la planète, sauvons les animaux, sauvons les oiseaux !!!

5 Replies to “Les chroniques du joyeux randonneur I – Mount Arthur et ses drôles d’oiseaux”

  1. Ahaha les rando-brouillard de la NZ!!!!
    Mais trop cool que tu aies vu cet oiseau rare! Il a pas l’air farouche du tout!!

    1. Rando-brouillard, j’aime bien le concept! je vais peut-être le réutiliser tiens si tu m’en donnes les droits d’auteur 😀

      1. Carrément c’est libre de droits!

  2. Il envoie du lourd Arthur !

  3. Bienvenue chez les amis des bêtes ma chère Aurora!
    Cela prouve que l’on est jamais seul au monde même en haut des plus vertigineux sommets de la terre (qui sont carrément splendides!!!)
    Un joli regard sur la nature et la faune: il peut y avoir des oiseaux clownesques et des gentilles mouches ou araignées baladeuses 🙂
    Big bises

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