Le Mont Taranaki: des larmes, de la sueur, du sang et des jurons

Alors oui je sais, je vous avais promis un article de la mort qui tue sur mon expérience dans une communauté Maorie, mais je vais vous faire patienter encore un peu (je vous écris un article aux petits oignons avec tout mon cœur et mon amour!).

En attendant je vous propose d’enfiler virtuellement vos chaussures de randonnées pour une petite balade de santé à travers la région du Taranaki, qui tire son nom de la majestueuse montagne qui domine fièrement la ville de New Plymouth et ses environs.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est cachottier ce petit Mister Taranaki (petit de 2 518 mètres). En 3 semaines de vie à ses côtés, il n’a pas daigné se dévoiler complètement derrière son paravent de nuages… Sûrement encore en deuil de son amour perdu… La légende raconte en effet que Taranaki vivait à l’époque au centre de l’île du Nord avec ses voisins les dieux des montagnes Tongariro, Ruapehu et Ngauruhoe (ou montagne du Mordor pour les plus initiés !). Tous tombèrent en amour de la verte et ravissante montagne Pihanga, aux abords du Lac Taupo. Le fier Tongariro semblait avoir conquis le cœur de Pihanga, mais un jour qu’il s’absenta (pour aller où ça l’histoire ne le dit pas!), le valeureux Taranaki profita de son absence pour déclarer sa flamme à Pihanga. Sous la colère noires des Dieux de la montagne, s’ensuit alors un cruel combat entre Tongariro et Taranaki, qui provoqua un terrible tremblement de terre. Tongariro, diminué et affaibli, sort tout de même vainqueur de ce duel. Taranaki, blessé et brisé de douleur, se déracine de sa terre natale et s’enfuit à l’ouest vers le coucher du soleil. Selon les Maoris, le brouillard et le crachin breton sont les larmes que le mont verse depuis la perte de son amour.

Taranaki n’a pourtant pas de quoi se cacher : avec sa forme conique et sa symétrie parfaite, ce volcan endormi est connu pour être l’un des plus beaux volcans de la planète. Il ressemble à s’y méprendre au japonais Mont Fuji: ils sont si semblables que le réalisateur du film« Le dernier Samouraï » a choisi de le tourner sur le Mont Taranaki, sans avoir mis les pieds une seule fois au Mont Fuji.

Nice to meet you Mr Taranaki

Mon plan de base était de se la jouer à la Tom Cruise est de grimper vaillamment jusqu’au sommet du Mont Taranaki : mais ça c’était avant que la dame de l’office de tourisme nous dise « No pasaran ». La fonte de la neige rend l’ascension particulièrement difficile. Et avec plusieurs morts par an, elle est fortement déconseillée hors période estivale et sans matériel d’alpinisme et/ou guide. Téméraires mais pas trop quand même, on se rabat avec mes nouveaux copains allemands et belges sur le « Pouakai Circuit », une randonnée de quelques 18 kms, à flanc de la montagne.

Et même si le Taranaki pleurait son amour perdu ce jour-là ( = temps pourri), la randonnée et les paysages traversés sont tout simplement somptueux. Munis de nos plus beaux bonnets et polaires Damart (-2 degrés au thermomètre), nous entamons clopin-clopant notre promenade, qui commence fort avec pour débuter l’ascension de plusieurs centaines de marches pendant une grosse demi-heure et tout ça sous une pluie de grêle, tant qu’à faire. Une grosse demi-heure donc pendant laquelle je n’ai eu de cesse de me dire : “pourquoiiiiiii why on earth fuck va chier je serais mieux sous ma couette et ça caille et j’ai froid et j’ai faim achevez-moi”. Je dois vous confesser qu’il y a eu quelques jurons (en français et même en allemand, Hurensohn) sortis de manière inopinée de ma délicate bouche.

Malgré tout, on se sort les doigts du *** , et après une grosse période de doutes nous poursuivons l’aventure, parce que sa mère, on est pas là pour être ici. (Que de vulgarité dans cet article, s’il vous plaît le monsieur de WordPress ne me censurez pas).

Et la souffrance endurée est à la hauteur de la beauté et de la variété des paysages : le chemin rocailleux et enneigé de la montagne se transforme peu à peu en steppe lunaire aride, pour faire place à une abondante forêt inondée de boue. L’intrépide bretonne que je suis n’a pas eu peur de se couvrir de boue jusqu’au genoux (bon ok c’était pas volontaire, je suis tombée dedans 3 fois).

Le Taranaki, l’Ode aux mollets endoloris

Attention ça gliiiisse

Je termine la randonnée en sprint (ok que sur les 15 derniers mètres, certes, mais tout de même!), récupère les calories perdues avec une énorme pizza salvatrice, apaise mes courbatures de mollets sous une bonne douche chaude réconfortante, et nettoie mes chaussures au karcher pour me débarrasser de l’odeur du pied qui a macéré plusieurs heures dans la boue. Et bon appétit bien sûr.

2 Replies to “Le Mont Taranaki: des larmes, de la sueur, du sang et des jurons”

  1. Je reste encore et toujours émerveillée de la beauté et la variété des paysages NéoZélandais. Et ouai c’est ça il faut quand même toujours une sacrée dose de courage sa mère la **** pour les randonnées la bas. Comme si le pays nous testait en permanence pour voir si on est à la hauteur. Mais en même temps tu es toujours largement récompensée par ce que tu vois. C’est un pays qui forge le caractère!!!!

    1. Complétement, c’est le pays ou tu dépasses tes limites constamment, mais quelles récompenses…!!

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