La face cachée du tourisme en NZ au Mont Cook & Lake Tekapo

L’heure est enfin venue de publier un article sur deux merveilles de la Nouvelle-Zélande : le Lake Tekapo et le Mont Cook.

J’ai mis énormément de temps à le rédiger ; j’ai même hésité à le poster. Peut-être parce que les millions de touristes présents m’y ont laissé un léger goût amer. Pourtant, avec le recul, en regardant mes photos, je me dis que c’est bien dommage ; à cause de cet afflux en masse de visiteurs, souvent bruyants et peu respectueux de la nature, je n’ai pas su apprécier ces lieux à leur juste valeur. Et pourtant, comme c’est magnifique… !

En même temps, je l’ai sûrement cherché : je m’y suis rendu fin janvier, en plein pic de la saison touristique en Nouvelle-Zélande, et pile pendant… le nouvel an chinois. Je n’ai pas l’habitude de faire des généralités, de juger les autres nationalités et autres formes de tourisme : après tout, nous avons chacun notre vision du voyage. Mais tout de même, ils sont envahissants tous ces touristes … ! (dont je fais partie, je sais, mais je prends pas beaucoup de place, promis.)

Ma première « déconvenue » s’est produite au bord du lac Tekapo. En venant de Christchurch, je traverse des kilomètres et des kilomètres de paysages désertiques, sans âme qui vive. Quelle fut donc ma stupeur et mes tremblements lorsque j’arrive, la bouche en cœur, au lac Tekapo : sur la place du village, d’innombrables bus remplis de touristes, et des voitures de location à n’en plus finir. Les quelques cafés, restaurants et magasins de souvenirs grouillent de monde, tels les sandflies affamés au bord d’un lac autour d’européens à la tombée du jour. Je dois faire deux fois le tour du village pour trouver une place de parking… Lorsque enfin ma kiwimobile est garée bien au chaud, je pars à la conquête de l’église du Bon-Berger (Church of the Good Shepherd), l’église la plus photographiée de Nouvelle-Zélande. Au temps pour moi : l’endroit est tellement pris d’assaut que je repasserai plus tard.

L’Eglise du bien Bon-Berger, sans les touristes

Le lieu du crime de “l’incident de la frite”

Heureusement, je trouve, le long du lac, certains endroits épargnés par le touriste en goguette. Le tout est d’avoir la volonté d’user ses guiboles et de prendre un peu de hauteur  (les plus fainéants/ fortunés choisiront la facilité en payant une route privée 8 dollars pour arriver à ce sommet, pourtant atteignable en moins d’une heure de marche) :

Autre option pour éviter la surpopulasse : longer le lac sur quelques kilomètres, prendre une route au hasard et de découvrir… de drôles de choses !

coucou toi
Le bois du Lake Tekapo: l’endroit où se dégoter un mari

Requinquée d’air frais et de ces moments de calme et sérénité, l’appel du ventre se fait sentir. Je prends mon courage à deux mains, brave la mégalopole urbaine pour aller me procurer des frites au village (pour un repas entièrement sain et équilibré bien sûr).

Cornet de frites à la main, babines alléchées, je file le long du lac, me trouve un agréable spot, pose mon fessier sur un rocher hyper confo, et admire la vue à couper le souffle en savourant mon souper.

Quelques minutes plus tard, un groupe de touristes chinois, probablement attirés par l’odeur de la frite fraîchement sortie du four, se fait (fortement) entendre, puis se pointent à quelques mètres de MON spot: visiblement amusés, et sans gêne aucune, ils sortent leurs portables, et appareils photos, pour… me photographier. Moi en train de manger des frites. Rectification : moi avec un regard incendiaire en train de manger des frites. Ils auraient pu prendre en photo le beau coucher de soleil sur le lac Tekapo, avec son église légendaire sur fond de montagnes, mais non, c’est moi qu’ils ont préféré immortaliser. Reste à savoir si je vais figurer dans leur album photo de voyage… ! Si j’avais su, j’aurai peut-être fait l’effort de mettre un peu de maquillage. Et de choisir un encas plus glamour qu’un cornet de frites luisantes d’huile.

Quelque peu chiffonnée par cet incident, je prends néanmoins du recul, en me disant que c’est juste une incompréhension culturelle, de leur côté comme du mien.

Après une nuit salvatrice au bord d’un splendide et non moins reposant lac, je file direction le Mont Cook, plus grande montagne de Nouvelle-Zélande, en me disant que l’air de la montagne me fera le plus grand bien.

Une nuit salvatrice pour se remettre en douceur de l’incident “de la frite”

La route pour y aller est tellement belle, que l’incident que j’appellerai « l’incident de la frite » est loin derrière moi.

Mont Cook, droit devant!

Sauf qu’arrivée au village du parc, même combat que la veille au lac Tekapo : du monde partout. Autant que dans le métro parisien à l’heure de pointe.

Rodée, et comme je ne suis pas née de la dernière pluie néo-zélandaise, je choisis des sentiers de randonnée que je sais moins populaires, et pourtant incroyables.

C’est le cas du Blue lake (qui est en réalité vert) et du Tasman Glacier Lake.

Jusque là, ma mission « exclusion » de la société se déroule à merveille.

Le blue pas blue lake
Le Tasman Glacier Lake

Puis, vient la douloureuse : la Hooker Valley track. La randonnée incontournable du Mont Cook, et donc de fait ultra empruntée.

J’arrive, tant bien que mal et avec un zeste de patience, à prendre des clichés comme si la moitié de la population d’Hong-Kong n’était pas présente ce jour-là.

Le légendaire Mont Cook

Aux bus de touristes d’origine asiatique, qui ne se déplacent qu’en groupe de 30 et donc qu’il est impossible de dépasser, se mêle un touriste d’un autre genre : le touriste « instagrammeur ». Ce touriste, généralement féminin, qui paré de sa plus belle tenue savamment étudiée (robes à fleurs ou tenue de sport courte et ultra moulante, petites sandales à brides, parfois à talons, cheveux bouclés au fer le matin même, trousse à maquillage toujours à portée de main pour être sûre d’être au top au moment de la pose, qui se veut bien entendu toujours « naturelle » et « spontanée ». Ndlr : la pose bouche en mode « cul de poule » est une pose classique qui se pratique toujours… ! Je tiens à préciser que si même la randonnée n’est pas en soi difficile, il faut compter environ 3 heures de marche pour l’aller-retour sur un chemin de graviers et cailloux, sous une chaleur de bête ce jour-là. Je me sens donc entièrement en décalage, transpirante, le cheveu gras, les pores dilatés et en large tenue de sport trouée « fraîche » d’il y a 3 jours (van life baby, living the dream). Certes, je n’ai pas THE photo selfie à poster sur instagram ; mais j’ai au moins la prétention d’avoir su regarder et apprécier la beauté du paysage pour ce qu’il est, pendant que d’autres ne l’ont pas vu, trop occupés à se regarder le nombril. Ces personnes qui se sont prises constamment en photo, je les ai longuement observées (on fait avec les moyens du bord quand on a plus de tv) : ils n’ont pas pris une SEULE photo du paysage, sans leur tronche et/ou leur boule dessus.

Je me moque, alors qu’au fond, moi aussi je suis une touriste, même si j’aime à penser le contraire. Et finalement, ce sont des anecdotes qui restent amusantes : elles le sont beaucoup moins lorsque régulièrement en une des journaux, on apprend que des endroits protégés sont détruits par les touristes, que des animaux sont en voie de disparition à cause de certains comportements (continue donc à donner à manger au kéa ou à marcher entre les nids de pingouins), que de plus en plus de campings (ou plutôt campings-déchetterie) sont fermés car complètement dégradés, que certains chient dans la rue de la capitale (true story !) et que d’autres balancent des produits chimiques dans les lacs…

Et oui, c’est donc ça la face cachée du tourisme en Nouvelle-Zélande… !

Je vous rassure, cela reste une minorité. Et non pas que les kiwis soient entièrement irréprochables non plus, je pense que nous avons tous des torts, mais je suis perplexe quand à l’avenir du tourisme en Nouvelle-Zélande : va t-on toujours être accueillis les bras ouverts si l’on continue comme cela… ? Restera t-il encore des endroits complètement préservés et respectés dans quelques décennies, ou est-ce déjà voué à l’échec… ?

Ça, ma brave dame, y’a personne pour le dire… !!!

3 Replies to “La face cachée du tourisme en NZ au Mont Cook & Lake Tekapo”

  1. Ah bah alors ça c’est la meilleure ! Voilà notre héroine préférée toute chiffonnée d’etre prise en photo telle une attraction, et qui fait exactement la meme chose ensuite ! Problème : le fait de prendre en photo quelqu’un se prenant en photo annule t’il tout cliché ? Vous avez deux heures !
    Bon à part ça toujours aussi plaisant à lire !

    1. C’est une très bonne remarque…! Du coup l’héroïne s’est sentie toute bête est a rectifié certains contenus de l’article.
      Merci M. le coach pour ce regard toujours très avisé!! 😉

  2. Ouah j’ai fait aussi cette rando mais le glacier semble tellement plus petit… Tes photos sont magnifiques mais du coup un peu trite (un peu comme Fox glacier d’ailleurs…)
    Les chinois sont infernaux difficile de ne pas les stigmatiser en tant que touristes…

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