Kaikoura, à la rencontre de Moby Dick

Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour aller à Kaikoura à l’époque où j’y suis allé (c’était en début décembre : maintenant presque tout est rentré dans l’ordre), c’est qu’il faut le vouloir. La route principale, entre Picton et Christchurch, était alors complètement fermée, pour une durée de plus d’un an, à la suite du tremblement de terre dévastateur de magnitude 7,8 qui a frappé Kaikoura en novembre 2016, et qui a détruit une grosse partie de ses infrastructures routières. Le chemin alternatif rallonge le voyage de quelques… 7 heures de route!

 

Même en canoë ça fait un long chemin!

Et même sur cette route bis, le tremblement de terre a laissé pas mal de dégâts, rendant la circulation longue et difficile pour cause de nombreux travaux de réparation. En France, on se serait sûrement insurgés, que dis-je révoltés, on serait descendu dans les rues pour protester, ou du moins on aurait trouvé un nouveau motif pour râler à notre guise un petit bout de temps. Ici, en Nouvelle-Zélande, et même après avoir patienté ½ heure aux divers feux tricolores qui ponctuent le trajet, les conducteurs s’arrêtent pour discuter avec les travailleurs, les félicitent et les remercient pour leur courage, en leur souhaitant de passer d’excellentes fêtes de fin d’année. Tout juste s’ils ne s’invitent pas à souper.

Et oui, je ne vous l’ai peut-être pas encore dit, mais en Nouvelle-Zélande, on ne râle jamais ! Et encore moins ces dernières années, dans cette période post violents tremblements de terre en série, qui ont laissé de nombreuses séquelles, matérielles et humaines. La petite ville balnéaire de Kaikoura en portent aujourd’hui de lourds stigmates : beaucoup de magasins de la rue principale se sont vus contraindre de fermer boutique, les bâtiments étant trop instables et menaçant de s’écrouler. Sur les vitrines, sont affichés des articles de journaux relatant l’événement et des dessins d’enfants de toute la Nouvelle-Zélande apportant leur soutien aux victimes. Plusieurs maisons sont désertées, d’autres partiellement ou complètement détruites. Après avoir subi 1 an d’un véritable déclin touristique, la ville de Kaikoura semble aujourd’hui renaître de ses cendres, et peu à peu, l’activité touristique reprend son cours. Les commerçants et opérateurs de tourisme remercient d’ailleurs les voyageurs d’oser revenir et de les aider financièrement à surmonter cette épreuve.

 

De lourds dégâts…
… Mais la ville reste splendide…
… et connue pour les animaux aquatiques qui y vivent, et que certains souhaitent préserver au prix de leur vie

Non seulement le coucher de soleil est ouf, mais en plus j’y ai trouvé 30$ par terre. Ce fut une très bonne journée.

 

C’est notamment le cas de l’équipe de Whale Watch , compagnie maritime qui propose des excursions à la rencontre des baleines, orques, phoques, dauphins et j’en passe et des meilleurs, qui ont élu pour domicile les eaux de Kaikoura. L’émotion dans la voix, l’équipe nous remercie d’être si nombreux ce jour-là.
Parce que oui, j’étais là bien sûr, toujours partante pour aller zieuter de la baleine ! Même si la croisière a un certain coût (150$), je me suis offert ce petit plaisir pour cadeau de Noël. Et les 150$ ont largement été rentabilisés!
Nous voilà naviguant l’espace d’une ½ heure, ponctuée par des anecdotes et des blagounettes de l’équipage, lorsque le pilote nous annonce au micro « mayday mayday cachalot en vueee ». Ni une ni deux, je fonce sur le pont supérieur, munie de mon appareil photo, repère la baleine en action, qui à quelques mètres de nous se prélasse hors de l’eau, pour y replonger doucement, la queue tendue au ciel (j’ai conscience que ce bout de phrase est très étrange sorti de son contexte) : et là je dégaine, je prends LA PHOTO de l’année, avec le magnifique paysage montagneux de Kaikoura en arrière-plan, dans la douce lumière des premières heures de la matinée. LA PHOTO digne d’une couverture du National Geographic, celle qui me rendrait célèbre dans le monde de la photographie et dans l’univers tout entier. Au moins.
Et là, de battre mon cœur s’est arrêté.. Cet instant ou je réalise que j’ai oublié de remettre ma carte mémoire dans mon appareil. Cet instant ou je réalise que toutes les photos prises dans la matinée n’ont pas été enregistrées. J’étais à deux doigts de sauter du pont et, de désespoir, rejoindre le cachalot au fond de l’océan.

 

C’était globalement ça mais en vrai (et sans le phoque) la fameuse photo

(Ndlr : Ce n’est pas le pire de cette cruelle histoire. De retour sur le parking, je réalise que ma carte mémoire était gentiment installée dans la poche de mon sac, prête à l’emploi. Je l’avais mise là la veille pour être sûre de ne pas l’oublier. Double mourance. #boulet)

La croisière s’amuse malgré tout et continue de voguer sur les côtes de Kaikoura, ou nous croisons une colonie de dauphins Hector, race de dauphins uniquement présente dans les eaux de Nouvelle-Zélande. Par centaines, ils sautent hors de l’eau, font des pirouettes cacahuètes et autres figures acrobatiques, et sont si proches du bateau qu’on pourrait presque les toucher. Le spectacle est tellement magique que j’en oublie presque l’un des épisodes les plus dramatiques de ma vie (ou du moins de la journée = oubli de cette foutue carte mémoire). Avec le recul, je me dis que c’est aussi ça le voyage : des moments magiques, magnifiques qu’il faut parfois savoir ne pas photographier pour pouvoir en profiter pleinement.

Une fois remise de mes émotions, le pied de nouveau sur la terre ferme, je me rends en expédition sur la péninsule de Kaikoura pour une mission odorante et périlleuse : la chasse à la colonie de phoques. (Je parle de chasse à la photo bien entendu, vive la planète et sauvons les animaux). Je longe la plage, et au bout de 5 minutes, l’un d’entre eux se dévoile hors de l’eau pour me montrer sa petite tête et me faire un petit coucou. Je prends cela comme le signe que je suis sur la bonne piste.. ! S’ensuit ½ heure de marche fort sympathique, puis, de mystérieux grognements se font entendre, une odeur de phoque et un troupeau de touriste se font sentir : bingo, j’y suis. De nouveau, j’en prends plein les mirettes : une vingtaine de phoques se dorent la pilule sur les rochers, bien pépouzes au soleil. Il est possible de s’y approcher, mais en gardant toutefois la distance recommandée de 10 mètres. Ce que je tente d’expliquer à des touristes, qui « s’amusent » à prendre un selfie collé à un phoque endormi, c’est que premièrement, c’est pas biiien de déranger les animaux dans leur environnement naturel, surtout des animaux sauvages, et que deuxièmement, c’est qu’un phoque, s’il se sent en danger ou agressé, peut te mordre et tout simplement t’arracher une jambe. La réaction de ces touristes fut la suivante : « mouhaha (ndlr : ceci n’était pas censé être drôle). On n’était pas au courant (ndlr2 : c’est vrai que la dizaine de panneaux tout au long de la péninsule n’était pas du tout clair…hum hum.) Rien à foutre, on continue nos selfies sans foi ni loi. (ndlr3 : … ). » Bien. Mon petit côté Brigitte Bardot en a pris un coup.

 

Pas de violence C’EST LES VACANCES

Pour calmer mes nerfs, je décide d’entamer une petite rando, via la falaise qui surplombe la péninsule. Au bout de 5 minutes, je me rends compte avec mon problème de vertige, que ça va pas le faire du tout du tout. Je prends 2/3 photos (sans regarder en bas) histoire de dire que je l’ai fait, puis je trouve le premier chemin qui redescend vers la côte rocheuse au bord de la mer.

 

Qui c’est qui revient de l’Abel Tasman me faire un petit coucou??? Mon meilleur poto le cormoran varié!

Soulagée dans un premier temps, la panique s’empare de nouveau de moi, lorsque je me rends compte :
– que je ne sais pas du tout ou je vais. Le sentier n’étant pas balisé, je ne suis même pas sûre que j’ai le droit d’être là !
-la marée monte bien sûr. Bon j’ai le temps de la voir venir, la mer étant plutôt basse, mais je ne sais pas quelle est la longueur de la côte et si je vais devoir finir à la nage (c’est que j’avais pas prévu mon maillot dans cette histoire!)
-Le chemin est ENVAHI de phoques. Il y en a partout. Et même si je me tiens à distance, je sens qu’ils n’aiment pas trop que je sois là, il y en a un que j’entends grogner quand je passe (et là l’image de la jambe arrachée me revient en mémoire). Je croise un cadavre de phoque mort depuis probablement plusieurs décennies (à en juger par l’odeur et l’état de décomposition), et je me dis que ça sera peut-être moi la prochaine. (#no drama, jamais).

Toujours plus de peur que de mal, je termine ma rando de l’extrême, et même si j’aime les phoques, je ne suis pas peu contente de retrouver la civilisation.

 

Ce n’est pas exactement ce à quoi je pensais quand je disais retrouver la civilisation.

Je suis restée à Kaikoura 3 jours, j’y ai apprécié chaque moment, l’endroit est splendide avec tout plein d’animaux magiques, et malgré les séquelles du dernier tremblement de terre, les locaux sont hyper accueillants, il fait beau, il fait chaud, c’est l’été sous les cocotiers. Je profite de ces derniers instants de douceur, de vacances, et surtout de liberté…avant un séjour EN PRISON!!!

(si ça c’est pas de la phrase d’accroche pour mes prochains articles, alors je ne sais pas ce que c’est).

5 Replies to “Kaikoura, à la rencontre de Moby Dick”

  1. Une chance que babouche n’était pas de la balade. Je n’ose même pas imaginer si elle s’était roulé dans le phoque mort…! 😉
    #vomi d’Agotyou assuré

    1. Mon dieu, sur l’échelle de l’odeur pourri le phoque mort était 100 fois pire. Agotyou aurait tourné de l’œil!!

      1. Franchement, je vous trouve un peu dures… J’ai juste eu un léger haut le coeur sous le coup de l’émotion de la mort de ce pauvre poisson, rien de plus. Pardon d’être pleine de sensibilité et d’ammuuuuur pour les animaux!

  2. Bon même sans la photo pour le national geographic tes photos envoient du paté!
    T’as mangé de la Crayfish la bas?

    1. Haha merci, ça peut éventuellement le faire pour le magazine chasse, pêche nature & tradition à défaut du National Geographic!
      Et non, pas testé la Crayfish, y’a pas le choix, faut que tu reviennes pour qu’on retourne à Kaikoura!!

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