Je peux pas j’ai kangourou #2 – Tasmanie, le pacte avec le diable

D’aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours été attirée et intriguée par la Tasmanie, cette région sauvage, impétueuse et presque hostile de l’Australie. Car oui, la Tasmanie (à ne pas confondre avec la Tanzanie, pas tout à fait la même ambiance et les mêmes paysages), est belle et bien une région d’Australie, certes loin des clichés du bush rouge et aride peuplés de kangourous du centre du pays, et de l’australien blondinet vivant à Sydney, planche de surf greffée sous le bras. La Tasmanie, cela ressemblerait presque plus à la Nouvelle-Zélande, qu’au reste de l’Australie. Montagneuse, enneigée en hiver (et oui, il neige en Australie, qui l’eut crû!), composée presque exclusivement de parcs nationaux vierges et inhabités, entre lacs et forêts millénaires, bordées de magnifiques plages à eaux turquoises et aux hautes falaises, la Tasmanie à tout pour plaire aux amoureux de la nature et de la rando ( = comme moi!!!).

Hobart, agréable capitale de la Tasmanie
Vue sur Hobart et ses environs du Mount Wellington, à deux pas de la capitale

En gros manque de la Nouvelle-Zélande, je signe donc direct: je me loue une voiture, que nous nommerons, pour les besoins du récit, la “Devil’s mobile”, et me voilà repartie on the road again, pour une durée de 3 semaines, en plein mois de juin = plein hiver en Australie. Ce détail paraît anodin mais prendra une toute autre importance au fil de la lecture de cet article.

Mais avant de commencer le récit de cette folle aventure, il me paraît important de vous présenter la mascotte de la Tasmanie. Cet animal redouté par les plus grands explorateurs et les plus intrépides des aventuriers… Certains se souviendront de son cri “diabolique”, qui ressemble à celui d’une hyène affamée, ou à celui d’un tigre enragé prêt à attaquer… D’autres se rappelleront peut-être même de son odeur nauséabonde et repoussante, que la bête dégage lorsqu’elle se sent en danger, signe qu’il est déjà trop tard pour fuir et sauver ce qu’il reste de sa vie…

Je veux bien sûr parler de cette immense, monstrueuse, imposante et effrayante bête… Le diable de Tasmanie, the devil!!!:

Que diable…!!!
Un diable qui a la dalle: FUYEZ PAUVRES FOUS!

Oui, c’est bien de cette petite bête de la taille d’un petit porcinet dont je parle, à qui on aurait bien envie de faire des poutoux tellement il est tout mignon. Enfin, si on s’en moque de se faire croquer le bout d’une jambe. La bête, à la mâchoire acérée, peut dévorer des possums de sa taille en 2/3 coups de dents. Vaut mieux être loin, très loin, quand le diable a la dalle. Pourtant, mon petit côté Brigitte Bardot n’a pas pu s’empêcher de m’attacher à ce petit diable, qui a bien mauvaise réputation et la vie dure. En voie d’extinction, la petite bête souffre de 2 fléaux: le premier, une terrible épidémie faciale cancéreuse, qui se répand à travers toute la Tasmanie, qui défigure, fait souffrir et fini par tuer le petit marsupial. Deuxième fléau, encore une fois, d’origine humaine… Et qui concerne d’ailleurs toute la faune tasmanienne: au lever et coucher du soleil, les marsupiaux s’activent, partent à la chasse et se promènent innocemment: il n’est donc pas rare qu’ils se retrouvent à traverser les routes, et donc à se faire renverser, lorsque les conducteurs conduisent trop vite, ne font pas suffisamment attention ou simplement par accident… Même si les limitations de vitesse sont abaissées à 60 kms/heure aux premières et dernières heures de la journée, c’est un véritable cimetière animalier aux abords de la route: wallabies, possums, opposums, wombats, diables… Aucun marsupial n’est malheureusement épargné.

Dans la crainte d’heurter un animal, et aussi histoire de pas faire trop de dégâts sur la Devil’s mobile (#500 dollars de caution), je prends la décision dès le départ de ne conduire qu’une fois le jour levé, et de toujours m’arrêter avant la tombée de la nuit. Elémentaire, mon cher Watson, me direz-vous! Sauf qu’étant en plein hiver, les journées sont déjà courtes, très courtes. Je commence donc ma journée aux alentours de 8 heures du matin, pour la terminer aux alentours de 16 heures, 17 heures dernier délai. Tout en conduisant dans ce laps de temps d’un point à un autre, sur des routes longues et sinueuses qui comme en Nouvelle-Zélande mettent le triple du temps envisagé, tout en combinant ma vie de backpackeuse, de touriste, de rêveuse et de marcheuse, les randonnées étant donc tout de suite plus courte et limitée. En évitant bien sûr les diverses trombes de pluie et épisodes neigeux; j’ai donc passé 3 semaines sur la route, à courir partout en journée pour ensuite m’ennuyer de 17 heures à 8 heures du mat’: MAIS, je n’ai pas tué un seul animal, hourra, ma partie du pacte avec le diable a été respectée, et ma conscience apaisée. Et mon quota d’heures de sommeil largement dépassé.

Le “Devil’s Gullet”, pour rester dans le thème diabolique

Oserez-vous aller au bout de cette passerelle…? Moi non!!!!

Parlons-en donc, de ce temps de merdasse en Tasmanie. Combien de fois eus-je entendu: “cool, tu vas en Australie, tu vas avoir chaud”. Mes aïeux, je vais vous dire une chose: j’ai rarement eu aussi froid de ma vie, et pourtant je revenais d’un an en Nouvelle-Zélande. Tous les jours, les températures frisaient le 0 degré, jusqu’à -5 dans la partie centrale de l’île, avec un vent venu des entrailles de l’Antarctique. Et quand on voyage dans une Devil’s mobile, on ne se réchauffe jamais: heureusement que j’avais de l’expérience en Nouvelle-Zélande et que la technique de l’oignon (enfiler tous ses vêtements de son sac les uns sur les autres, en se focalisant à couvrir les extrémités: têtes et pieds) avait déjà fait ses preuves sur moi. Et que j’ai un sommeil en béton armé résistant à TOUT. Sauf quand le diable fait des siennes au milieu de la nuit et se met à hurler, là j’ai peur et fait pipi dans ma culotte (et par conséquent sur tous mes vêtements de mon sac).

Une magnifique trêve entre 2 averses au Leven Canyon

Tous les jours au réveil, c’était la surprise: pleuvra t’il, pleuvra t’il pas? Neigera t’il, neigera t’il pas? Diablera t’il, diablera t’il pas? Puis de prendre la route, l’angoisse de tuer un marsupial toujours latente, et celle de glisser sur la fameuse “black ice road” en prime, qui sévit l’hiver sur les routes tasmaniennes (et néo-zélandaises): une fine couche de verglas invisible se pose sur la route, et la rend très glissante, causant de nombreux accidents de voiture, pris en charge par les secours la plupart du temps trop tard: parce que, voyez-vous, mes amis, l’île est déserte à cette période de l’année; pas l’ombre d’un touriste ou d’un local sur la route: on est SEULS au monde… (TMTC Corneille, qui à lui aussi sûrement passé 3 semaines en Tasmanie en plein mois de juin: je me sens si seul au mondeeee, y’a rien à faire je suis seul au mondeeee).

Ce qu’il y a de bien avec la pluie…
… C’est que ça fait de belles cascades!!!

Point donc d’embouteillage sur la route, sur les chemins de randos, chez les campings ou dans les auberges de jeunesse, dont les patrons s’étonnent même de voir une présence humaine à cette période de l’année. “Vous…? Ici…? Comment…? Quelle diablerie vous a amené ici…?”.

SEULE. AU. MONDE. Franklin Gordon Wild Rivers NP!

Des vacances pas de tout repos donc, même si du repos, j’en ai eu en veux-tu en voilà, durant ces loooongues nuits d’hiver passées à lire à la lueur de mon téléphone portable dans ma Devil’s mobile. Quand j’oubliais pas de charger mon portable, cela va de soit. Bien triste de vie qu’est la vie d’aventurière sans batterie de secours!

Parce que je suis bretonne, je ne me laisse pas (trop) découragée par la pluie, et arrive même à savourer des paysages de ouf malades entre deux averses. La Tasmanie, c’est tout pareil que la Nouvelle-Zélande: elle sait te malmener par le temps, de faire sentir minuscule et vulnérable, comme une minuscule feuille prise dans un cyclone venu des tropiques, mais quand elle se repose et veux bien s’ouvrir à toi, tu es le roi la reine (who runs the world? Girls) du monde.

Seule au monde également au Lake St Clair, pourtant habituellement rempli de serpents
Port de chaussures waterproof obligatoire

C’est donc dans l’espoir d’une accalmie que je me rends au centre de l’île, à l’endroit que j’ai rêvé de fouler de longues années, le St Graal des randonneurs du monde entier… Je veux bien sûr parler du Cradle Mountain, et plus précisément du Cradle Mountain Track, qui rejoint l’autre extrémité de son parc national, le Lake St Clair. Une randonnée de 90 kilomètres, redoutée et plébiscitée de tous (et même des ssssserpents en très grand nombre à cet endroit-là!!!).

Malheureusement pour moi et pour les serpents, le Cradle Mountain, ça sera pour une autre fois: les conditions climatiques sont terribles, il pleut sans cesse, et je ne me sens pas de force d’affronter l’hiver tasmanien sur 90 kms: point trop n’en faut comme dirait l’autre!

J’ai juste le temps d’apercevoir furtivement les montagnes du Cradle Mountain entre deux averses pour leur dire que je reviendrai très vite les voir, quand il fera plus beau (s’il fait plus beau un jour… Il y pleut en moyenne 270 jours par an!!!).

Cradle Mountains: vous pouvez aussi taper ça sur Google pour voir à quoi ça ressemble les 90 jours restants de l’année

Fatiguée d’être trempée depuis 3 jours, craignant un petit rhume accompagné d’une hypothermie, je passe au PLAN B: à la conquête d’un brin de soleil à travers la Tasmanie. C’est ça le mot clé du voyageur: FLEXIBILITE. Surtout en Tasmanie. Je me dirige vers le sud de l’île: sauf que, pour moi qui avait encore une lueur d’espoir, il n’en est pas de même pour ma Devil’s mobile, qui décide, lasse de voyager, de me lâcher sans préavis aucun. Par chance, la scène du crime se passe dans une petite ville avec un garage, après 3 heures de route dans le no man’s land tasmanien où j’aurai eu le temps de mourir dévorée 3 fois par les diables avant l’arrivée des secours.

Launceston Gorge

Vient donc la terrible épreuve du garagiste à l’étranger, de l’assistance dépannage et de la journée perdue à attendre les réparations. Déjà que je ne comprends d’habitude rien au vocabulaire technique de la voiture en français, mais alors en anglais, avec un accent tasmanien de surcroît, j’ai cru que non seulement c’était la fin de la vie de la Devil’s mobile, mais aussi de la mienne.

C’est donc au fond de ce garage, seule et alors qu’il pleuvait toujours dehors et que mes vêtements étaient trempés depuis 3 jours, que je me suis dit: le diable m’aurait-il donc maudit le bougre????!!!

Et vous, de vous laisser dans ce terrible et ô combien tragique suspens: la pluie va t’elle s’arrêter de s’abattre sur cette pauvre demoiselle? La Devil’s mobile va t’elle donc reprendre du poil de la bête? La Tasmanie va t’elle, dans un moment de répit, offrir ses plus beaux trésors et gagner dans mon cœur la place convoitée de l’une des plus belles régions au monde?

Mt Hartz. La Tasmanie: un paradis? Un enfer…?

Mes petits diablotins, vous découvrirez tout cela dans le prochain épisode….!!!!!

One Reply to “Je peux pas j’ai kangourou #2 – Tasmanie, le pacte avec le diable”

  1. Wouaaaah tu es bien courageuse dans ce tragique épisode !!

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