J’ai (presque) été détruire l’anneau unique au Mordor – Tongariro Alpine Crossing

J’ai (presque) été détruire l’anneau unique à la montagne du Mordor, et pour le coup, y’avait pas Frodon pour m’aider. Bien que moi aussi j’étais accompagnée d’une communauté: mais avec deux belges et deux allemandes, c’était plus la communauté européenne que la communauté de l’anneau!

Alors pour ceux, qui ont vécu dans un bunker ou sur une terre isolée de l’Antarctique à ce stade de l’histoire contemporaine, et qui seraient passés à côté du phénomène du Seigneur des Anneaux, l’article présentement affiché ne va sûrement pas leur parler. (Note de la Je peux pas j’ai haka rédaction: trouvez-vous vite 3 ans de temps libre pour lire le livre ou faites-vous le marathon filmographique du Seigneur des Anneaux, et qui sait ça vous donnera en plus peut-être à vous aussi l’envie de venir visiter les merveilles de la Nouvelle-Zélande!).

Bref, revenons à nos hobbits.
L’histoire débute non pas dans la Comté, mais sur le parking de Mangatepopo du parc national du Tongariro, fraîchement réveillés (pour ma part le verbe n’est peut-être pas celui qui convient), prêts à entamer les 19.4 kms de l’une des plus belles et plus connues randonnées de Nouvelle-Zélande, le Tongariro Alpine Crossing.

Et même à 6 heures du matin, la populace mondiale afflue sur le parking pour découvrir les beautés du Tongariro: son Mont Ngauruhoe (ou Montagne du Mordor, bien plus parlant pour nous geeks du Seigneur des Anneaux, et qui est en plus bien plus facile à dire), ses terres rouges et jaunes, ses cratères, ses lacs d’une couleur émeraude et translucide, sa forêt vierge et ses vues époustouflantes sur tout le plateau central de la Nouvelle-Zélande… J’en ai des frissons rien que d’y repenser!

 

“Le Mordor Gandalf, c’est à gauche ou à droite?” Frodon

Tout le long du parcours, on réalise pleinement que la Nouvelle-Zélande se situe sur la Ceinture de feu du Pacifique. Avec une activité volcanique omniprésente (ça craque, ça gronde, ça fume, comme moi le matin), et avec plusieurs réveils par siècle, pas de pression donc pendant 19.4 kms quand on se dit qu’on peut tous mourir dans d’atroces conditions si le Monsieur Tongariro veut faire des siennes.

Et le Monsieur Tongariro, il ne va pas se laisser marcher dessus comme ça! Si la première heure se déroule tranquilou bilou bien au plat sur un petit chemin qui sent la noisette, on comprends très vite qu’en fait… ce n’était qu’un petit échauffement avant d’entamer le dur. Le sentier se poursuit en hauteur, sur le Mont Ngauruhoe, et c’est là qu’on regrette les excès culinaires des jours passés. Je souffre et souffle comme un asthmatique sans sa ventoline. C’est en rampant que j’essaye tant bien que mal de me hisser sur la montagne du Destin, dans le but de détruite l’anneau. Mais avec un détour d’1 heure 30 pour grimper à son sommet, et probablement beaucoup plus si on prend en compte le fait qu’il y a encore de la neige à cette saison et qu’on est absolument pas équipés pour la grimpette, je me résigne: on détruira l’anneau une prochaine fois. Ce message s’adresse à l’attention de Peter Jackson, qui est j’en suis sûre un fidèle lecteur de ce blog: tu vas pas nous faire croire qu’un hobbit puisse grimper ce mont pieds nus et poursuivis par les forces des ténèbres, même pour sauver le monde.

 

“Mon préciiiiieux” , Gollum

“Vous ne passerez paaaaaaas”, Gandalf

L’aventure continue sur le Devil’s staircase (l’escalier du diable: on peu difficilement faire plus imagé): on redescends, puis on regrimpe encore sur des montagnes rocailleuses et glissantes (et on enlève la veste, on remet la veste, on enlève la veste, on remet la veste, on enlève la veste, on remet la veste, on enlève la veste, on remet la veste, on enlève la veste, on remet la veste, on enlève la veste, on remet la veste, on enlève la veste, on remet la veste, et on tombe le cucul par terre avec ces cailloux qui tombent, roulent, te percutent et te mettent KO comme une quille au bowling après un strike.

 

“Fuyez, pauvres fous!” Gandalf

Une fois relevée de mes innombrables chutes et souffrante d’un postérieur désormais recouverts de bleus, les douloureux efforts sont récompensés par une vue à couper le souffle. On arrive enfin au bord des lacs aux eaux acides, turquoises, vertes, émeraudes (la liste des adjectifs de couleur est longue) pour se revigorer d’un bon pain elfique.

 

“Il y a du bon dans ce monde, et il faut se battre pour y arriver” , Sam

La route continue, on regrimpe une montagne, puis on enlève sa veste, on remet sa veste, on la remet, bon ok j’ai compris je suis relou. Sauf que là, changement de décor, après le no plant’s land, on retrouve peu à peu de la vie végétale, avec bruyères, tussacks et quelques buissons qui tombent à pic (ce qu’on ne nous dit pas c’est qu’il n’y a pas de toilettes là-haut dans les montagnes. Mauvaise idée donc de s’abbréver de 2 litres d’eau avant la bataille). Et avec le lac Taupo en arrière plan, comme dirait si bien mes copines nantaises (love ya’), la vue n’est “pas dégueu”.

 

“Three Rings for the Elven-kings under the sky, Seven for the Dwarf-lords in their halls of stone, Nine for Mortal Men doomed to die, One for the Dark lord on his dark throne In the Land of Mordor where the Shadows lie.
One ring to rule them all, One Ring to find them, One Ring to bring them all and in the darkness bind them In the Land of Mordor where the Shadows lie.” J. R. R. Tolkien

S’ensuit un long couloir de la mort en plein cagnard: pas plus de 20 dégrès certes, mais ressenti 50 si comme moi vous êtes bretons et peu habitué au soleil qui cogne.
Le couloir, qui parait ne jamais se terminer, s’achève finalement au frais dans le bush (bush néo-zélandais = forêt, rien à voir avec le bush australien, et heureusement parce que sinon je serai décédée), bien à l’ombre des arbres.

Enfin, la délivrance: le parking final, ou, de tout son long, on s’étalera sur le sol, avec un râle d’agonie, les mollets tendus, la voûte plantaire défoncée, le dos en compote et le corps qui crie douche.

Alors j’admets, j’adooore vous racontez mes histoires sous le registre du pathos, de l’exagération et du drame, mais ma déontologie et ma forte éthique du travail (pouet pouet) me pousse à vous dire la vérité: le trek n’est finalement pas si difficile qu’il n’y paraît, surtout qu’on oublie très vite sa peine face à la beauté et à la variété de ces paysages.
On dit que ce trek est l’un des plus beaux du monde, et ce n’est pas peu dire: à mon sens, il justifie à lui seul un détour France Nouvelle-Zélande de 27 heures pour le visiter. Cela reste à ce jour la plus belle rando de ma vie (et là, aucun sens de l’exagération), et l’un de mes plus beaux souvenirs de la Nouvelle-Zélande.

 

7 Replies to “J’ai (presque) été détruire l’anneau unique au Mordor – Tongariro Alpine Crossing”

  1. Trop chouette, et je te rejoins, pour moi aussi c’était une des plus belles randonnées de ma vie!!
    PS: t’avais pris un anneau juste pour l’occasion??? 😉

    1. Haha, c’était un cadeau de mon frère avant mon départ… 🙂

  2. Elle semble plutôt pas dégueu du tout cette rando! Becco 🙂

  3. Pas dégueu indeed!
    Lov’ ya tooooooo!

  4. Effectivement, pas dégueu ! Bisous bisous 🙂

  5. Des nouvelles de mon précieux d’ailleurs? 🙂

    1. Il est passé pas loin d’isengard, mais il devra y retourner pour cause de temps pourri la dernière fois..!!

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