Fonte des glaces et cyclones tropicaux : l’hécatombe à Franz Josef et Fox Glacier

L’hécatombe, le désastre, la catastrophe, le déluge, la fin du monde, je n’arrive pas à choisir le terme qui convient le mieux à mon passage apocalyptique à la découverte des glaciers de la Nouvelle-Zélande. Passage, qui devait à la base être seulement express, s’est transformé en un long séjour d’introspection et de réflexion sur le réchauffement climatique et toutes les conséquences qui en découlent l’environnement.

Alors non, je ne suis pas (encore) devenue la version féminine de Nicolas Hulot, mais tout de même, ce que j’ai vu & vécu là-bas dans les glaciers, et que je vais tâcher de relater ci-dessous, non sans le ton mélodramatique qui caractérise si bien ma plume, a de quoi faire réfléchir.

Les glaciers de Franz Josef et Fox Glacier font partie des glaciers les plus faciles d’accès au monde. Ils ont d’exceptionnels qu’ils descendent presque jusqu’au niveau de la mer (300 mètres d’altitude), favorisés par un climat tempéré à cette basse altitude. Situés sur la côte ouest de l’île du sud, à seulement quelques dizaines de kilomètres de la mer, c’est la glace des montagnes des Alpes du Sud qui se déversent dans ces longues vallées fluviales aux pentes abruptes. Les guides touristiques vantent l’endroit comme un « paysage gelé spectaculaire », une « expérience inoubliable”,  “qui ne se vit qu’une fois dans une vie »… !

Sur la route du glacier Franz Josef

Alors, certes, l’endroit est exceptionnel, mais aussi beau qu’il soit, j’aurai préféré ne jamais le voir. Et peut-être que si l’expérience ne se vit qu’une fois dans une vie, c’est sûrement parce que ces glaciers, dans quelques décennies (ou même quelques années), n’existeront plus… !

Explications. Les glaciers se situent à quelques centaines de mètres de villages du même nom, clairement construits pour l’industrie du tourisme: magasins de souvenirs à gogo, hôtels de luxe pour une clientèle aisée, restaurants aux prix… exorbitants. Sur ces quelques centaines de mètres que composent la rue principale, ce sont des flots de touristes, pour une majorité asiatique, qui se déversent dans les rues de Franz Josef et Fox Glacier, perche à selfie prête à dégainer. A l’entrée du parking des glaciers, même ambiance : il faut avoir de la volonté pour trouver une place libre parmi tous les véhicules de location.

Si je ne suis pas une grande fan des lieux hautement touristiques, la curiosité me pousse tout de même à les visiter : s’ils sont tant prisés, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

J’entame donc la courte marche de 45 minutes pour arriver au glacier Franz Josef. Courte marche, qui pourrait être extrêmement agréable, si l’on faisait abstraction de tous ces touristes qui se déplacent en troupeaux et du fait qu’il faille patienter une éternité pour les dépasser, avec pour fond sonore ce bruit d’hélicoptère incessant: ambiance de guerre garantie. Puis, surtout, tous ces panneaux explicatifs, le long du sentier, qui nous rappelle à quel point nous malmenons notre planète. Les glaciers ont effectivement perdu énormément de glace depuis plus d’un siècle, et encore plus rapidement ces dernières décennies.

Voyez donc, sur ces merveilleuses photos, la comparaison entre le niveau de la glace en 1865, et son niveau aujourd’hui :

En l’espace de 150 ans donc… Tout au long de la marche, des panneaux nous signalent à quel niveau se situaient les glaciers, et en quelle année. Cela fait froid dans le dos quand on se dit qu’un siècle plus tôt on serait ensevelis sous des tonnes de glace à l’endroit où aujourd’hui même nous nous trouvons à des centaines de mètres du début du glacier.

C’est donc la mort dans l’âme et écrasé par le sentiment de culpabilité que je poursuis mon chemin jusqu’au pied du glacier, et où je me soumets, comme la horde de touristes à mes côtés, à l’exercice de la photographie.

Qui sait, mes photos seront peut-être elles aussi sur les panneaux explicatifs dans un siècle, quand il n’y aura plus de glacier du tout.

J’ai lu récemment un article de journal, qui relatait du dilemme du tourisme des glaciers : continuer à autoriser son accès, mais accélérer sa disparition, ou bien bannir dès à présent les visites, mais avec des conséquences dramatiques sur le tourisme et les retombées économiques de la région. Vaste dilemme donc…

J’aurai pu prolonger l’expérience des glaciers, et faire une excursion dans les glaciers avec un guide comme je le souhaitais au départ, ou survoler l’endroit en hélicoptère qui pour le coup doit être vraiment magique, mais je n’avais pas envie de profiter (et d’user) plus encore le lieu.

Je rebrousse donc chemin, et près du parking, prend un sentier au hasard pour oublier la tragédie que je viens de voir, et tombe sur cette vue, LA VUE :

Je me sens tout de suite un peu mieux, mais fatiguée par ma semaine de road trip et de crapahutages, et peut-être fatiguée d’avoir moi aussi contribué à faire reculer le niveau des glaces, je me dis que ça pourrait être bien de me poser quelque part, pour 2/3 jours, et de ne rien faire du tout à part me reposer.

L’univers a entendu mes prières…

Je profite d’un splendide coucher de soleil, avant de me rendre le lendemain sur Franz Josef, où j’allais subir mon premier (et j’espère dernier) cyclone tropical de ma vie.

Le calme avant la tempête

Rappelez-vous, je vous avais raconté dans l’article L’invitation au voyage de la West Coast que la région West Coast détenait une pluviométrie record , et qu’il y pleuvait en moyenne 4 à 5 fois plus qu’à Brest.

Ayant passé une première journée somptueuse dans la région, avec un beau ciel bleu et une chaleur digne d’un été sous les tropiques, je me suis dit : « Tonnerre de Brest! C’est pas à une brestoise qu’on va faire croire qu’il pleut beaucoup ici ! Non mais, je ne suis pas née de la dernière pluie, à d’autres ! ».

Cette pensée à peine achevée, que de gros nuages noirs et menaçants pointaient déjà le bout du nez.

Pas effrayée le moins du monde, je continue mon petit bout de chemin vers Fox Glacier, pour constater une fois de plus les désastres écologiques du réchauffement climatique, mais aussi et surtout pour profiter du Lake Matheson, dont les images sur internet m’ont tellement fait rêver.

Levée à l’aube ce beau matin de février (5h du mat’ si mes souvenirs sont bons), sans petit-déjeuner et en marchant dans le noir pour admirer un lever de soleil que je pensais être épique sur le Lake Matheson, je subis mon premier échec météorologique de la journée : dans toute cette brume, on n’y voit rien. Rien du tout. Que dalle.

Très bien, positive attitude, je me dis que c’est l’occasion d’y rester une journée de plus et de retenter l’expérience plus tard. Puisqu’il n’est que 8 heures du matin, je profite de visiter le Fox Glacier ; à cette heure-ci, j’ai la chance que les hordes de touristes asiatiques dorment encore.

L’après-midi, je me pose dans un camping où dormir dans ma voiture la nuit suivante, à une vingtaine de kilomètres du village à la fin d’une longue route de graviers, perdu au milieu de nul part, sur la côte d’une magnifique plage sauvage et déserte. Je me promène et me repose toute l’après-midi, profite du coucher de soleil de la plage où je fais coucou à une petite otarie qui passait par là, avant de me mettre au lit. L’idée était de retenter l’expérience du lever de soleil sur le Lake Matheson, et partir tranquillement vers Wanaka à la recherche d’un nouveau travail et d’une nouvelle vie. Il commence légèrement à pleuvoir, il vente, mais bon, on est en Nouvelle-Zélande, pas de quoi s’inquiéter jusque là.

Madre de dios.

C’est aux environs des 3 heures du matin que je me fais réveiller par une pluie lancinante qui résonne sur la carrosserie de ma kiwimobile. S’ensuit une longue et brutale période d’orages, et d’un vent tellement violent que j’ai peur que ma voiture se retourne. Malheureusement, ce n’est que le début de la tempête, qui continuera à me rester réveillée jusqu’au petit matin, transie de peur que le camping s’inonde et embarque ma voiture jusque dans la mer et que je me fasse dévorer par les otaries (on a le temps de se faire beaucoup de films lorsqu’on ne dort pas de la nuit). Au petit matin, je croise des rangers du DOC, ministère du patrimoine néo-zélandais, qui nous disent d’évacuer au plus vite, avant que la route de gravier qui mène au village ne devienne impraticable (ambiiiance). Je me réfugie dans un café tant bien que mal (les quelques mètres de ma voiture à l’entrée du café furent très éprouvants, j’ai bien cru m’envoler avec le vent et/ou me noyer sous les trombes d’eau qui continuent de tomber inlassablement.)

Revigorée d’une boisson chaude, je prends mon courage à deux mains, retourne à ma voiture dans l’optique de partir au plus vite de cet endroit de malheur et de retrouver un peu de calme et de sérénité plus au sud.

C’est à peine après 1 km , sur la route principale, que je me dis que ça va pas être possible du tout du tout. Je vois un camion à l’arrêt : un arbre gît à travers la route, rendant l’accès impraticable (no pasaraaan). C’est au moment où je me demande: que faire? qu’un nouvel arbre tombe juste entre moi et le camion : je crois que c’était le message de l’univers pour me dire de rebrousser chemin.

Je me réfugie donc au village de Fox Glacier, où j’essaye de glaner des informations auprès des employés communaux, de l’office du tourisme, des propriétaires des hôtels, de la serveuse du café, sur ce qu’il se passe et si on va tous mourrrrrir. C’est là que j’apprends le doux nom du cyclone qui est un train de monter sur la gueule, le cyclone « Gita », Gita la puta, qui après avoir traversé la mer du Pacifique, vient mourir tranquillement de sa triste vie sur la West Coast de la Nouvelle-Zélande. Cumulée à une nouvelle lune particulière et à une grande marée, le tout donne un combo exclusif : une tempête de la mort qui tue qui n’arrive qu’une fois tous les 4/5 ans en Nouvelle-Zélande, qui n’en est pourtant pas à son premier cyclone. La sentence est irrévocable : nous devons tous rester au village jusqu’à nouvel ordre, les routes étant complément impraticables : des fils, des poteaux électriques et des arbres y sont tombés, de nombreuses avalanches ont eu lieu : il va falloir plusieurs jours pour réparer les dégâts.

Transie de froid, fatiguée de cette pluie et de ma nuit de l’enfer, je trouve refuge dans un charmant backpacker. Seul hic : le cyclone a tout détruit sur son passage : il n’y a donc pas de réseau Wifi, pas de lumière, et même pas de douche chaude. Et pas d’électricité non plus, sinon pensez-vous bien que j’aurai eu le temps de vous écrire moults articles, voire même de commencer un nouveau blog. Que nenni. Heureusement que j’avais un bon bouquin. Et heureusement qu’il me restait un peu de réserve de nourriture : car passé le premier jour, les vivres commencèrent sérieusement à s’amenuir dans la seule épicerie du coin, les réapprovisionnements n’étant pas possible à cause de la route bloquée.

L’interminable attente avant de pouvoir reprendre mon voyage aura finalement duré 3 jours : 3 jours sans internet, sans TV, sans lumière, sans électricité, et s’en pouvoir se promener au plein air pour cause de déluge intergalactique, croyez-moi, c’est long.

Quand je vous avais dit que l’univers m’avait écouté lorsque j’avais songé à prendre un peu de repos…

Dans mon « malheur », je m’estime tout de même chanceuse : n’ayant pas vraiment de plan et pas encore de boulot, ces 3 petits jours n’auront pas de fâcheuses conséquences sur mon planning. Mais pour les nombreux autres voyageurs, bloqués comme moi dans cette auberge de jeunesse, et qui ne sont en Nouvelle-Zélande que pour 2 semaines et qui ont un planning ultra serré, des nuits réservés dans des hôtels tout au long du séjour et non remboursables, ça craint tout de suite plus du boudin.

Il y eut donc un soir et un matin : troisième jour. Et Dieu créa je ne sais plus quoi, mais d’expérience, je pense qu’il s’agit du calme après la tempête. La pluie cessa enfin, le ciel bleu réapparu, les oiseaux rechantèrent ; et moi, je retenta l’expérience, non pas du lever de soleil cette fois, mais du coucher de soleil sur le Lake Matheson. Et ça valait le coup d’être bloquée 3 jours pour le voir.

A l’entrée de la route menant plus au sud, l’employé communal chargé de donner les dernières mesures de sécurité, me tient en son langage « oh ba t’es encore là toi ? » (où diantre voulais-tu que j’aille…!!) pour conclure par un « bon vent à toi et à ta kiwimobile, attention sur la route et à bientôt » ! (hum pas sûre que je revienne de si tôt, mais qui sait). Et moi de poursuivre ma route d’une énergie nouvelle, après ces quelques jours de repos forcés !

Petit conseil de la rédaction pour les aventuriers qui souhaitent partir à la conquête des glaciers : préférez le Rob Roy Glacier, à une heure ½ de Wanaka via une route de gravier la plus pourrie du monde (il ne va falloir avoir peur de foncer dans un troupeau de moutons et de traverser des rivières avec sa kiwimobile). La rando de 3 heures aller-retour mène à un spectaculaire glacier dans un décor magnifique, à couper le souffle, le cri d’un kéa en fond sonore plutôt que le son d’un hélico, sans (presque) un seul touriste: et c’est là qu’on se dit « ah ouais, quand même, ça en jette ». Bien sûr, j’aurai pu immortaliser le moment, si je n’avais pas oublié de recharger mes deux batteries d’appareil photo. #lebouletestderetour

3 Replies to “Fonte des glaces et cyclones tropicaux : l’hécatombe à Franz Josef et Fox Glacier”

  1. Gita la bitch!

    1. Gita la puta

  2. Fliiiiiiiipant!!!!

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