Christchurch la détruite, Christchurch la créative

Christchurch la détruite : fragilisée par une série de violents tremblements de terre

Christchurch, la plus grande ville de l’île du sud, et la deuxième de la Nouvelle-Zélande, est souvent un lieu de passage où peu de monde s’y attarde. Elle a du mal à séduire, et rare sont ceux sensibles à ces charmes. Avant que j’y mette les pieds, on m’a souvent dit qu’elle était « moche », « ennuyante », « déprimante » et qu’il n’y avait « aucun intérêt à s’y arrêter, surtout pas à y rester ». Et ben les gars, je ne suis pas d’accord avec vous. Certes, Christchurch n’est pas ma ville préférée au monde, mais c’est une ville tellement intéressante, qui dégage une énergie créatrice folle, surtout lorsqu’on aime l’art sous toutes ses formes. J’y suis restée au final 6 semaines. 6 semaines pendant lesquelles j’ai découvert tous les secrets de la ville, ses trésors, ses beautés…

En fait, il suffisait juste d’ouvrir un peu l’œil…

S’il peut être effectivement difficile d’apprécier la ville au premier regard, c’est probablement parce que, complètement détruite par la série de tremblements de terre ravageurs et meurtriers de ces dernières années, la ville est un immense chantier en perpétuelle reconstruction. Le premier séisme, qui a eu lieu le 4 septembre 2010, a d’abord fragilisé la ville toute entière ; les bâtiments se sont ensuite effondrés comme un château de carte, lors du second tremblement de terre du 22 février 2011.

 

Le centre ville de Christchurch: ruines et containers
Une cathédrale détruite…
La destruction de la religion?
L’Art Gallery, en reconstruction lui aussi

Orange is the new black (rien à voir avec mon histoire de taularde. D’ailleurs, après la phrase d’accroche de mon dernier article, personne ne s’est interrogé de me savoir en taule : soit parce que cela n’étonne personne, au vue de mon passif de frasques et de délinquances, soit parce que personne ne lit mon blog. Merci les gars.). Bref je disais Orange is the new black in Christchurch City : la ville pullule d’ouvriers à la tenue de travail orange, le bruit de la pioche et du marteau piqueur en fond sonore (cela étant dit j’ai un doute sur la pioche :je ne suis pas calé M. Bricolage), les panneaux de constructions, déviations en tout genre ponctuant le paysage urbain ci-et-là. 7 ans après le tremblement de terre de 2011, tout semble encore en friche, en miette, comme laissé à l’abandon. Messieurs ET mesdames (oui, je suis pour la parité), si la construction est votre domaine, vous allez faire fooortune à Christchurch. They need you !

 

We need you!

De nombreux bâtiments, instables et menaçants de s’écrouler après les tremblements de terre, ont été détruits et rasés. Aujourd’hui, ils sont remplacés par du « vide » parfois par du parking. S’en est choquant, d’y trouver en se promenant d’énormes espaces vides dans les rues les plus centrales de la ville, et de découvrir que s’y tenaient avant des centres commerciaux, des centres d’affaires, des monuments historiques, des logements…

 

Même les statuts semblent déprimées

Une kiwi originaire de Christchurch, aujourd’hui vivant dans l’île du Nord, me disait ne plus reconnaître la ville de son enfance, tant la ville a été chamboulée, ravagée, détruite. S’il reste quelques bâtiments anciens qui ont été épargnés, la plupart des édifices, à l’architecture ultra moderne, datent de l’après tremblements de terre.

 

Quelques bâtiments historiques encore debout: le C1, the place to go pour un bon café!

Divers traces et mémoriaux dans la ville rappellent ces douloureux épisodes, en particulier le tremblement de terre de 2011, qui a fait 185 victimes, la plupart étant des étudiants, venus du 4 coins du monde, et qui se trouvaient dans une école de langues qui s’est effondrée lors du séisme. Le premier mémorial est un mur du souvenir, qui longe la rivière de l’Avon, avec le nom de chacune des victimes ayant perdu la vie. Âme sensible, s’abstenir (d’autant plus si tu n’as pas de mouchoir à portée de main). Toujours aussi émouvant, le deuxième mémorial se trouve derrière la cathédrale alternative: 1 chaise de couleur blanche a été installée pour chacune des victimes. Si ce mémorial se trouve au cœur de Christchurch dans une rue très passante, le silence y est assourdissant, saisissant… Apparemment déjà utilisé dans d’autres villes du monde et pour d’autres événements, je trouve le concept particulièrement fort, et plus qu’un nombre de victimes, cela nous permet de visualiser et de mesurer l’ampleur des pertes humaines…

 

 

Christchurch la créative : repartir de zéro par la voie de la créativité et de l’art

Même si la ville nous rappelle constamment cette tragédie, et même si on s’y promène avec l’appréhension que cela peut recommencer à tout moment, les habitants de Christchurch gardent leur sourire, sont très accueillants et débordent de gaieté. Ici peut-être même plus qu’ailleurs en Nouvelle-Zélande… Les collectivités locales, quant à elles, se veulent innovantes, créatrices et proposent la solution de l’art pour redonner vie à cette ville endeuillée, qui doit repartir de zéro. Puisque tout est à reconstruire, le champ est libre aux projets les plus fous !

Le « Street Art » (peintures sur les murs) y est particulièrement réputé, et y est même à mon goût l’attrait touristique et culturel numéro 1 de Christchurch. Un excellent « trompe l’œil » pour masquer le chaos qu’a laissé les tremblements de terre dans la ville… J’ai tellement kiffé que j’en reviendrais plus en détail dans un second article (et qui va donc retarder un peu plus mon histoire sur mon séjour en prison : mais visiblement tout le monde s’en tape… !!!).;)

Comme je le relatais plus haut, la cathédrale de Christchurch a été en grosse partie détruite durant le séisme, y rendant son accès condamnée aux visiteurs. J’ai rencontré une mexicaine qui y voyait cela comme le signe de la destruction de la religion et de l’Église.. C’est un point de vue ! En solution provisoire, la ville a construit une nouvelle cathédrale, une cathédrale alternative et éphémère , composée uniquement de… cartons !!! Les poutres sont en effet remplacées par de larges tubes en cartons, traités contre le feu et l’eau, et pour une durée de vie d’une cinquantaine d’années. Le projet a été validé en attendant de trouver un accord pour un nouvel édifice religieux. Moins coûteux, moins long à construire qu’une cathédrale en pierres (elle a été bâtie en moins d’un an) et écologique, le bâtiment est aussi moins vulnérable en cas de nouveaux séismes. Si elle a suscité de houleux débats au cours de sa création, la cathédrale alternative attire aujourd’hui de nombreux visiteurs qui saluent la performance architecturale. Je ne sais pas par quels procédés ingénieux tout cela reste debout (et ça à l’air plus béton que du béton), mais je trouve le concept fabuleux, tout en donnant une nouvelle image de l’édifice religieux « traditionnel ».

« God is our shelter and strength,
always ready to help in times of trouble.
So we will not be afraid, even if the
earth is shaken
and the mountains fall into the ocean
depths »

Le plus gros projet de reconstruction de la ville est le projet Re:START, qui a pour but de reconstruire la ville en moins de 25 ans, avec de nouvelles infrastructures placées sous le signe de la modernité et de l’audace: un palais des congrès prés de l’ancienne cathédrale, un stade et centre sportif, un centre culturel, des galeries commerciales, d’autres restaurants et cafés… sans oublier de nombreux espaces verts, déjà bien présents dans la ville.

 

Un air de Venise!

En attendant ces nouvelles infrastructures, et pour combler le « vide », Christchurch propose des alternatives aussi folles que loquaces :

Le container mall

Le container est devenu un élément architectural à part entière dans la ville, qui en jouent: on y trouve notamment un centre commercial de containers à ciel ouvert. Les restaurants y proposent de la nourriture du monde entier, des magasins issus du commerce équitable, de l’excellent café sans oublier des « pop-ups » containers comme BEN & JERRYS qui distribuait de la glace gratos pendant plusieurs jours après les fêtes (qui a dit que les néo-zélandais ne savaient pas fêter Noël…!).

 

Dans le même registre, le bar le plus branché de la ville (le « smash palace, si vous passez à Christchurch, allez-y !!!) est composé de containers, de petites caravanes, d’un dance floor à ciel ouvert et de petites loupiottes, au milieu des débris et des ruines… !

 

L’association “Gap Filler”

En parlant de dance floor à ciel-ouvert, l’association « Gap filler » à créer le truc le plus cool au monde : une MACHINE A LAVER DANCE FLOOR (le dance o mat!). Le concept est simple : tu mets une petite piécette de 2 dollars (largement rentabilisée) dans la machine à laver, tu branches ton téléphone/mp3/tablette ou tout autre appareil éléctronico-moderno, tu lances ta playlist et le SHOW commence : la musique résonne dans les enceintes, la boule à facette se met en route avec les projecteurs dignes d’une boîte de nuit : il ne te reste plus qu’à faire le job, bouger ton boule et rameter une foule de curieux qui se joint à toi pour danser jusqu’au bout de la night (ou du moins pendant ½ heure. Tu danses à l’endroit même ou se tenait un centre commercial avant les tremblements de terre…

 

Ready to dance…??!!

Autre idée grandiose de Gap Filler : un jeu vidéo dont l’écran géant se trouve en plein milieu d’une rue. C’est toi qui devient la manette, en appuyant avec des pieds sur des gros boutons et un bougeant le joystick géant pour bouger de droite à gauche et manger les petits monstres sur l’écran de l’autre côté de la rue ! Mon dieu c’est très dur à expliquer : je pense que des petites photos le feront mieux que moi.

 

Ready to play…??!!

Les boules, je n’ai même pas réussi à passer le premier niveau. Mes années nintendo 64 et game cube sont trop loin derrière moi.

Sur un autre registre cérébral, mais qui implique toujours le passant, il est possible de s’affronter sur une partie d’échecs géants au milieu de la place de la cathédrale, avec de nombreux spectateurs en public, des gens qui chantent et jouent de la musique, encore et toujours de la caravane proposant de la bouffe en cas de coups durs, et même un magicien qui fait des discours (l’homme est une célébrité à Christchurch : il se promène dans la même tenue et chapeau que Gandalf, mais en noir, et prononce des discours révolutionnaires à la fois en anglais, et à la fois en français).

 

Ready to chess…??!!
Spotted: le magicien à New Regent Street

Si tu es à la recherche de nouveaux défis qui te permettent de découvrir la ville et ses trésors, cette machine bleue est faite pour toi : tu choisis ta mission du jour, tu l’imprimes, tu l’accomplis et tu la postes sur les réseaux sociaux si le cœur t’en dit !

Vous voyez, ce sont des idées faites d’un petit rien, mais qui rassemblent les visiteurs, les rendent actifs et redonnent, mine de rien, de la vie , du rire et de la joie à la ville de Christchurch.

Je terminerais ce long article (en 6 semaines, j’en avais des choses à dire! Promis le prochain sera plus court) par un poème de David Merritt, placardé sur un des murs d’une rue vide et en ruine de Christchurch. Je l’ai trouvé particulièrement beau, et le fait qu’il soit affiché dans cet endroit, dans ce contexte, le rend plus bouleversant encore : j’en aurais presque versé une larmichette…

Sad rocks…

I miss you,
you should know this,
over a distance which
kills me slowly like
river water running over sad rocks.

So I am now better off maintaining
an attitude like an ember,
barely alight but
cosy with residual,
stored affection.

I will be ready to burst into
a bright, small, warm flame,
eventually, again,

just not with you,
anytime,
ever.

Un poème passionné pour une ville passionnante.

6 Replies to “Christchurch la détruite, Christchurch la créative”

  1. Whaou sis…super article…
    La ville de Chirstchurch a eu un genou a terre…mais elle se releve avec force et fierté…que de belles idees innovantes!! Ta niece adorerait (enfin elle aurait surement peur de ton magicien!!)..
    Et non,on s en fout pas de ton periple en prison!!on t envoie des oranges au plus vite!
    Hate de te lire…gros bisous ma globe trotteuse!!

    1. Merci sista’!! Je comprends, moi aussi il me fait un peu flipper ce magicien.
      J’attends vos oranges, à défaut d’une visite carcérale!
      Des bisous 🙂

  2. Eh béh elle à de l’histoire cette ville! Je peux être un magicien moi aussi? Sympa cette boîte bleue oui 🙂

    1. Tu pourrais oui! il te manque plus que la toge, et tu peux mettre ton casque de Sauron pour remplacer le chapeau!

  3. Et bien c’est parfait ça, j’ai justement sous la main quelqu’un qui kiffe les travaux… 😉 Let’s move to Christchurch!! Je peindrai des putes borgnes sur les murs pendant que Laurie reconstruira la ville!
    Ça à l’air très cool comme endroit en tout cas, merci pour la visite!

    1. Parfait ça! Je suis sûre que l’orange sied parfaitement au teint de Ririe en plus!

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