Bons baisers de Rarotonga, îles Cook

Je me souviens très bien du moment où, sur un coup de tête, j’ai réservé un billet aller-retour Auckland-Rarotonga : c’était un frais, que dis-je un glacial matin de mars, à Te Anau (l’équivalent néo-zélandais de la Sibérie), au fond de mon lit à lutter contre une angine.

Après d’intenses recherches googlelistiques, avec des demandes telles que : « île avec cocotiers où il fait tout le temps chaud et où l’eau est plus bleue que bleue sans serpent pas trop loin de la Nouvelle-Zélande avec en sus un vol et une vie sur place pas trop chère c’est à dire pas la Polynésie française parce que faut pas déconner » je tombe sur plusieurs destinations : les îles Fidji, Samoa, Vanuatu, Rarotonga… Autant d’endroits exotiques, qui rien qu’aux noms m’emmènent déjà illico presto sur une plage déserte, les pieds en éventail à me la couler douce.

Oui. Je veux parler de ce genre de plages.

Nettement plus fun que d’être coincée dans son lit avec une angine.

 

Je tombe sur un vol très abordable pour Rarotonga, pour une durée de 10 jours, à la fin de mon PVT : je dis banco la caravane, rien de mieux que de s’exiler sur une île paradisiaque pour me remettre en douceur de ma séparation avec la Nouvelle-Zélande, et pour retrouver un brin de bronzage, histoire de pas avoir l’air trop ridicule sur la plage de Bondi Beach à Sydney.

Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de Rarotonga: c’est l’île principale des îles Cook.

Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler des îles Cook : ce sont des îles voisines à la Polynésie Française, au beau milieu du Pacifique: c’est à dire dans le néant de rien du vide entre l’Océanie et les Amériques.

Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de l’Océanie et des Amériques : dans ce cas, je ne sais pas quoi faire pour vous.

Rarotonga: plages, jardins & fleurs de vahinés

Welcome in the middle of… Nowhere
.. mais pas tout à fait seule au monde!

Les îles Cook, et du Pacifique en général, sont le berceau de la culture Maorie : une occasion de découvrir sous une autre approche cette culture que je trouve plus que fascinante, et d’en apprendre davantage sur l’origine du peuple Maori de la Nouvelle-Zélande.

Rarotonga, c’est aussi connu pour être le lieu de tournage du film « seul au monde » : c’est pour vous dire l’éloignement et l’isolement total que sont les îles Cook du reste du monde. Je suis même surprise qu’on les ai un jour découvertes : qui c’est le gus qui est allé se perdre au beau milieu de l’océan Pacifique ? Je ne vais pas m’en plaindre : sans cela, je n’aurai pas passer 10 jours de vacances paradisiaques sous les cocotiers à me dorer la pilule.

Je vous propose donc de revivre avec moi les moments « forts » de ces vacances : si on exclut la bronzette, les siestes, les balades sous le soleil, la baignade et le sirotage de cocktail : et bien, il ne reste finalement… euh… pas grand chose ! Que voulez-vous, il faut bien que je prenne un peu de vacances… de mon année de vacances… !

Commençons directement dans le dur de ce voyage hyper chargé : le marché le samedi matin, la messe (oui!) le dimanche matin, et… rien d’autre le reste du temps :

  • Le Punanga Nui market, d’Avarua

Pour découvrir la culture et la vie d’une île, rien de mieux que se rendre à son marché local ! Marché qui a lieu, à Rarotonga, le samedi matin, jusqu’à midi.

J’ai donc dû me lever à 9 heures ce jour-là : épreuve physiquement et mentalement très éprouvante, mais délicieusement récompensée par ce dynamique et coloré marché plein de vie.

Noix de coco à gogo, jus de fruits en veux-tu en voilà, paréo et couronne de fleurs, spectacle de vahinés qui se déhanchent sur du tambour local et chant en Maori: Kia Orana Rarotonga ! Les îles Pacifique, comme si on y était.

Les pupilles font le plein de couleur et de motifs traditionnaux, et les papilles se délectent de met local. Enfin… les papilles non végétariennes : les spécialités de Rarotonga étant le poisson et le poulet. Et c’est globalement tout. J’ai tout de même réussi à dégoter le seul plat végétarien de l’île et probablement du Pacifique dans un charmant stand tenu par un charmant monsieur : un régal. (Le plat, pas le monsieur!)

Yummy!

La nourriture est extrêmement chère à Rarotonga, si on exclut le poisson et le poulet encore une fois: le mieux est de servir directement et aux frais de la princesse (ah ! Non ! Ne leur parler pas de la princesse où de la royauté britannique à Rarotonga! Grave erreur !) à même la source, et se confronter au seul problème mais non moins angoissant de vacances réussies à Rarotonga : à savoir comment ouvrir une noix de coco.

Problème dont j’ai trouvé la solution, à la fin de mon séjour, alors que j’étais à deux doigts de me laisser mourir de faim sur une plage abandonnée. Solution que vous découvrirez plus bas : si tenté est que je ne vous ai pas dégoûté avec mes photos de plages paradisiaques d’ici-là.

Je sais, je ne peux pas m’empêcher…!
  • La messe du dimanche matin à Rarotonga : mon grand « come back » à la vie pieuse

Bon ce fût un come-back de très courte durée, mais j’aime à croire que cette petite visite à l’église m’a expiée de tous mes pêchés. Si ce n’est pas le cas, qu’il en soit ainsi : j’aurai quand même passé un très bon moment à la messe du dimanche matin ! (C’est une phrase que je ne pensais jamais écrire, tiens !).

Me voilà donc, dimanche matin, encore une fois levée à l’aube (#9h) pour assister à la messe de 10h30 (ces vacances vont finir par m’épuiser…) toute fraîche et pimpante (enfin, aussi fraîche et pimpante qu’une bretonne puisse être après une heure de vélo sur une île tropicale…!), prête à réciter mon « Notre père ».

Sur le parvis de l’église, le doute m’envahit : il y a foule, les gens se tiennent même à l’extérieur de l’église, tous sont habillés sur leur 31, couronne de fleurs dans les cheveux, je me sens si poisseuse que je ferai fâner les fleurs si je les mettais dans mes cheveux, je ne vois aucun touriste, et ma dernière messe remontant à quelques années lumières, je ne me sens pas vraiment à ma place. J’entends de la guitare, des chants Maoris ; la curiosité me pique. Je me dirige vers la porte de l’église pour jeter un coup d’œil : une dame, ni une ni deux, me prend la main, et me conduit sur l’un des bancs bondés et m’ordonne de m’asseoir. J’obéis donc, non sans la peur au ventre.

Je me détends rapidement : plus qu’une messe, j’assiste à un véritable spectacle : sur coup de guitare, puis de ukulélé, sans orgue à l’horizon (ouf), le prêtre dictant sa messe en anglais, puis en Maori, non sans un brin d’humour, suivi et soutenu en chœur par le public qui connaît chaque chant sur le bout des doigts. En Nouvelle-Zélande, j’avais été époustouflé par les talents musicaux et de chants du peuple Maori ; je n’ai pas été déçue à Rarotonga… Pas de doute, on se trouve sur l’un des lieux d’origine de ce peuple !

Je suis également étonnée de voir la puissance de ces rendez-vous dominicaux dans le cœur des locaux : tous sont au rendez-vous, des plus jeunes aux plus âgés. Plus qu’une tradition, c’est un moment de retrouvailles, d’amour et de partage : tout le monde s’embrasse, prend la main de son voisin, se serre dans les bras : c’est là que je fais connaissance avec la Sœur Juliet, ma voisine de messe, après qu’elle m’ait serré dans ces bras comme si j’étais sa petite fille (et moi de me dire : mais qu’est ce qu’il se paaaaasse!!!)

Elle est extrêmement heureuse que l’on vienne de si loin visiter son île, et me lance un « Paris ! Mais oui, je connais très bien, j’y suis allé deux fois… ! ».

J’en reviens toujours pas après un an, d’entendre tout le monde me dire qu’ils ont visité la France (certains plus que moi!), surtout de personnes habitant de petits villages ou d’îles retirées que l’on croit si loin de tout. Et Juliet, de me dire au revoir, et de me dire telle une grand-mère le ferait : « fais attention sur ton vélo hein ! ».

Ndlr; j’espère n’avoir offensé personne avec ce paragraphe…!

  • Le dégourdissage de guibollettes entre deux plages

Me mettant vite dans l’ambiance de l’île, je trouve rapidement le chemin de la plage (soit, au pied de mon auberge de jeunesse). J’enfile mon maillot, me tartine de crème solaire, étale ma serviette sur un spot de rêve…

Au bout d’1/4 d’heure, la sentence est irrévocable : je me fais chié.

Mes jambes, maintenant habituées au rythme des randos néo-zélandaises, crient « Action ! Réaction ! Bouge ton c** !!! ».

Comme je sais qu’elles ne me foutront pas la paix, je me loue un vélo pour la semaine histoire de pouvoir me déplacer jusqu’aux chemins de randonnée, et jusqu’aux spots à cocktails de l’île en cas de coup dur (coup dur = 5 minutes de vélo à suer comme jamais et à amasser le plus grand nombre de moustiques derrière l’œil de l’histoire de l’humanité).

La coutume à Rarotonga, veut qu’on ne se déplace qu’en scooter ; comme je ne fais rien comme personne (et parce que j’ai pas le permis adéquate pour un scooter et surtout parce que ça FOUT LES BOULES un scooter!), j’opte pour « Apollo », le vélo qui fera office de substitution de ma kiwimobile. Nettement moins pratique pour dormir dedans ou pour stocker ses bagages, mais tout de même bien appréciable.

Appolo, mon nouveau compagnon de route

Apollo m’accompagne donc pour une première rando sur l’île, le « Raemaru Track », 3 petits kilomètres, ressenti 30 sous cette chaleur tropicale.

Je laisse Apollo négligemment contre un arbre, noix de coco sur le siège au cas où il ait faim (et pour les besoins artistiques de ma photo. J’essaye des trucs).

Après avoir couru derrière 2/3 poulets, j’arrive dans la jungle tropicale, ambiance Tarzanne l’aventurière à la recherche du monde perdu, avec un détour au pays des bisounours : il y a des papillons partout !!!!!! Me voilà toute jouasse, comme une gamine au milieu d’un champ de papillons. C’est quand même génial, les papillons : au début c’est moche, puis POUF ! Un jour ça devient beau. Ils volent littéralement autour de moi : il y en a même un, qui vient se poser sur ma main. Pour une fois que c’est pas un moustique qui cherche à me butiner, ça me fait plaisir.

Bandana dans les cheveux, peintures de guerrière sur les joues, machette invisible à la main, je me fraye un chemin dans la jungle ; jusqu’à arriver au pied d’un gros cailloux. Et d’une corde. Si je me demande au départ l’utilité de la corde (est-ce pour se pendre…?), je comprends vite qu’en fait, elle fait parti intégrante du chemin de rando. Me voilà donc, avec une sueur froide parmi les litrons de sueurs chaudes, à grimper telle un singe pas très habile le gros caillou avec la corde.

Au sommet : THE view. Rarotonga… Et le vide intersidéral de l’océan Pacifique.

La fameuse corde
The view

A mon retour, que ne vois-je donc pas à côté d’Apollo : un scooter, et dont se tient fièrement sur le siège… une noix de coco !!! Qui gagne sa place dans le clan des messagers de la confrérie de la cocoterie (j’ai reçu 5/5 votre message, je répète, j’ai reçu 5/5 votre message!). J’entre donc en pleine auto-marrade, devant l’œil dubitatif d’un coq passant négligemment par là.

“Je vous ai entendu je répète je vous ai entendu”

 

Deuxième rando : je délaisse cette fois Apollo (#malaucul), et j’embarque cette fois Marion, charmante rennaise rencontrée à l’auberge de jeunesse, puis sur la route un coq… sportif ! qui nous rejoint au sommet de la rando la plus populaire de l’île : the Cross Island Track, traversant l’île, du Nord au Sud.

Le coq sportif

Allez, il est temps de briser l’image d’aventurière que vous vous faites de moi : pour atteindre le début de la rando, nous y sommes allées… EN STOP ! Et oui, honte à la fausse Indiana Jones que je suis, je n’avais jusqu’alors jamais fait de stop. Même pas en Nouvelle-Zélande, le paradis de l’auto-stoppeur. Je sais, honte à moi. Expérience que nous avons même réitéré au retour de la rando, pleines de boue et couvertes de transpi : 2 stops en une seule journée, que d’émotions. La rando était pas mal non plus : pour cause d’oubli de ma cervelle (et de mon appareil photo), je laisserai votre imaginaire faire le boulot à la place de photos. Au passage, Marion, qui revient d’Australie, me fait un débrief complet : les araignées plus grosses qu’Aragog dans Harry Potter voudront ta mort, les alligators voudront te croquer, les serpents t’attendront dans les chiottes publiques, et t’attaqueront sans raison aucune dans les Blue Mountains. Et ne compte pas te baigner si tu veux pas mourir dans d’atroces souffrances bouffé par un requin, des méduses, des crabes, et que sais-je encore.

Hum.

Vivement l’Australie.

=O

  • Travail d’investigation avec Louis : tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur Rarotonga !

Ce que je pensais être une mission « à la recherche d’un café sur le dos d’Apollo », s’est transformée en mission « spécial investigation de Rarotonga tel le reporter du bout du monde », grâce à Louis, pêcheur, 60 ans, local et polynésien par le père, rencontré alors que je faisais un break d’Apollo, et que Louis checké la mer pour voir si la pêche allait être bonne.

Hyper heureux d’avoir trouvé quelqu’un avec qui parler français, il me raconte sa vie, son amour pour la pêche, et pour son île, qu’il aime probablement autant qu’il la déteste… !

Rapidement, alors qu’il me racontait avec nonchalance qu’il croisait presque tous les jours des requins, des tortues et des baleines et qu’il avait même failli se faire bouffer une fois par un requin, il me tient, en ses propos : « viens donc, suis-moi, je vais prendre ma machette et je t’emmène sur une plage que personne connaît sur l’île ».

GLOUPS. J’ai peur. J’avale ma salive de travers. Je me vois déjà égorgée au beau milieu d’une plage déserte, dévorée par les chiens errants, et dont les restes serviront d’appâts aux requins.

Malgré tout, l’œil rieur et la gentillesse de Louis me pousse tout de même à le suivre. Et j’ai bien fait, j’ai appris tellement de choses sur Rarotonga !

Notamment sur son histoire, et sur l’histoire des Maoris de Nouvelle-Zélande. Si personne ne sait d’où ils sont vraiment originaires, il paraîtrait que nombre d’entre eux serait de Rarotonga. À l’époque, lors de conflits entre familles sur cette île, la famille perdante n’avait pas le choix que de s’entasser sur une pirogue, munie de quelques de ses biens, et de s’enfuir, en exil, dans un autre pays. Louis s’amuse d’ailleurs du haka guerrier des Maoris : selon lui, ce sont avant tout des… « loosers » qui ont perdu des batailles aux îles Cook!

J’ai également appris que les tatouages sont originaires des îles Marquises. Plus qu’un dessin, c’est un véritable rite de passage. Louis me raconte l’histoire de son tatouage au mollet : pour mériter son œuvre, il a du rester éveillé toute une nuit sur le récit, dans le froid et sans fermer l’œil. Transi de fatigue et de froid, il me confesse n’avoir même pas ressenti la douleur le lendemain, lors de son tatouage réalisé avec une dent de requin. Seul le tatoueur sait quels motifs il va dessiner, en rapport avec la famille, l’histoire et les talents du tatoué. Célèbre pour ses talents de pêcheur, Louis s’est vu attribué des motifs en rapport avec ce domaine.

Attention, petite anecdote pour briller dans vos soirées en ville : le tatoueur des îles Marquises, lors de son tatouage est d’une concentration sans faille. Tout au long de sa performance, il répète des centaines de fois « tatau tatau tatau », prononcé « tataou », qui veut dire lire, lire les motifs en Maori. Les missionnaires, à l’époque, pensait que le tatoueur marmonnait le mot « tattoo tattoo tattoo » : le nom est donc resté depuis… !

Enfin vient la leçon de survie de tout aventurier tel Tom Hanks perdu seul au monde sur une île déserte : à savoir comment choisir et ouvrir une noix de coco ! Je découvre alors tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur la noix de coco. Malheureusement, trop occupée à déguster le « marshmallow de coco » ( chair de coco d’une noix tombée par terre et qui repousse en deux mois : la chair est hyper tendre et sucrée), j’en oublie de noter la technique de la coupe de coco. Globalement, faut juste avoir une bonne machette à portée de main. Qu’il faut savoir utiliser sans s’arracher une main. Et éviter de s’asseoir au pied d’un cocotier aussi. Très important. Histoire de ne pas mourir d’une mort ridicule et assommante.

Pour varier les plaisirs culinaires, je découvre le Kuru (ou bread fruit, fruit de la fougère), préalablement cuite au feu sauvage sur la plage, avec un délicieux goût de pomme de terre sucrée. Je vous dit, je suis resté une éternité à savoir si oui ou non j’allais en sortir vivante de cette plage ! Quelqu’en soit l’issue, j’en sortirai tout de même bien rassasiée. C’est le plus important.

Tom Hanks, tu aurais dû me demander quelques conseils de survie!

Puis, pour finir sur une touche sportive (non pas que Louis ait fait une démo), il me parle de l’art du Hula, danse des vahinés avec leurs jupettes tissées à partir d’hibiscus. Une danse nettement moins effrayante que la danse guerrière du haka…! Et parce que cette danse reflète finalement bien la vie sur les îles Cook : l’art de recevoir, avec le sourire, le soleil, la détente et la musique, sans violence aucune.

Le “Hula”

Je quitte Louis, la tête toujours accrochée au reste de mon corps (ouf’!).

Maintenant que je me trouve présentement à Bondi Beach, à Sydney, voilà la conclusion que j’en tire de cette histoire îlecookisienne : c’est que non seulement je n’ai pas récupéré un brin de bronzage, mais qu’en plus mes jambes sont totalement défigurées avec ces foutues piqûres de moustiques.

Que diable l’esthétique : ces vacances « au paradis » en valaient la peine. Une note de ukulélé, une fleur de vahiné et me revoilà transporté de nouveau au bout du monde, sur la belle île de Rarotonga.

Bye bye Rarotonga

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