Allez tout droit en prison sans passer par la case départ

S’il y a un lieu où je ne pensais décemment pas mettre les pieds sur le vaste territoire qu’est la Nouvelle-Zélande, c’est bien en prison. Et oui, je viens tout juste de purger ma peine d’emprisonnement ferme sans sursis d’un mois ½, soit 6 semaines, 42 jours, 1 008 heures. On pourrait croire que j’ai gravé chaque jour écoulé en taule sur les murs de ma cellule avec une lame de rasoir subtilisé en échange d’une tablette de chocolat Whittaker’s : et bien que nenni, tout simplement, et aussi étrange que cela puisse paraître, parce que j’ai passé un très agréable séjour en prison.

“Toute prison a sa fenêtre.” Gilbert Gratiant
” Vous ne passerez paaaas” Gandalf

Et pour cause ! Cette prison, d’un type particulier, voit passer, pour une durée plus au moins provisoire, nombre de détenus, backpack accroché au dos, valise à la main, appareil photo autour du cou. Dans cet établissement pénitentiaire, on y vient avant tout pour se reposer (à la suite de nombreux et fatigants écarts de conduite ou autres crimes?), se prélasser, parfois dans un lit king size quand on a de la chance (et/ou un peu de pecos), rencontrer du beau monde, prendre une douche chaude amplement méritée, parfois jouer un billard, aux fléchettes, et aussi puisqu’il faut bien vivre avec son temps, user de la télécommande Netflix à sa guise (et se plonger directement dans l’ambiance avec la série Orange is the new black), dans de moelleux canapés mis à disposition de nos délicats postérieurs.

Vous l’aurez sûrement deviné : ce centre de détention n’est autre qu’une auberge de jeunesse, réaménagée dans l’ancienne prison d’Addington, dans l’un des quartiers les plus en vogue de Christchurch ! Et si j’ai écopé d’une durée d’emprisonnement si longue, c’est que j’y suis restée travailler en tant que maton (=réceptionniste). Vous vous souvenez de la petite demoiselle à la réception toute pimpante (enfin hors nuit mouvementée – matin difficile – après-midi trop chaude –  soir de garde au « bagne » alors que tout le monde est à l’apéro) avec un fort accent frenchy’ ? C’était moi.

Guilty!!! (du port d’un short bien trop court.)
Mon acolyte

Ma mission principale ? Accueillir le criminel comme il se doit, lui soutirer quelques sous pour la nuit (je me rends compte que ça peut légèrement porter à confusion ; même si on est dans le thème de la prison, je ne parle pas ici de prostitution), faire en sorte qu’il passe un agréable séjour et tenter de répondre aux questions les plus loufoques sur Christchurch, la Nouvelle-Zélande, sur le fonctionnement d’un ouvre-boîte, d’une machine à laver, sur l’état de mon statut marital. Que je réponds d’ailleurs sur le même ton que lorsqu’on me demande ou manger le meilleur steak de la ville : « euuuuuuh… » (blanc gênant, sourire tendu, regard quelque peu blasé (parce que même si le sourire reste de rigueur, n’oublions pas que nous sommes en ergastule, bon sang de bonsoir).

(Et on applaudit l’écrivain pour avoir réussi à placer le mot « ergastule » s’il vous plaît!)

En 6 semaines, en plein rush de la saison touristique en Nouvelle-Zélande, j’en ai vu passé du détenu, de toutes les nationalités (certes encore et toujours une bonne moitié d’irréductibles mangeurs de currywurst + une autre moitié du reste du monde). Un très bon entraînement linguistique donc ; s’il est parfois cocasse de décoder certains accents (big up à nos amis les australiens et écossais), on peut aussi être complètement « Lost in translation », comme lorsque j’ai dû résoudre un litige sur une réservation et que la personne ne me parlait qu’en mandarin.

(Vous pouvez répéter la questiiiion???). → Cela s’est tout de même poursuivi sur une bonne ½ heure de dialogue de sourds.

Cela dit, s’il y a bien une chose d’international, c’est l’humour : j’ai toujours eu le droit à un rire (forcé ou non, ou au moins à un petit rictus de circonstance) lorsque je demandais : « Comment s’est passé votre séjour en prison ? » ou encore « c’est votre première fois en prison???!). Quand certains me répondent par la négative, je ne sais point si nous sommes toujours dans l’humour ou non. Dans le doute, je fermais la porte de ma chambre à double tour et cachais tout mes objets de valeur (c’est à dire… pas grand chose) sous une brique de ma cellule.

… Only God can judge me… Et encore.

“L’homme est une prison où l’âme reste libre.” Victor Hugo

 

Et aussi un peu pour me protéger du chaland, qui le bougre, trouve toujours le moyen de venir te poser des questions quand tu as déjà enfilé ton pilou pilou et que tu es prête à mettre le jambon dans le torchon. Là n’est hélas, à mon désarroi le plus total, pas le pire : quand le biper au « doux » son qui te réveillerait un mort sonne à 2 heures du matin et que tu es de garde, tu DOIS TE LEVER, trouver la force de marcher jusqu’à la réception, sortir ta poker face et aller « accueillir » l’invité (accueillir est un bien grand mot à cette heure tardive qui est FAITE POUR LE DODO). Autant dire que je pouvais être aussi aimable qu’une porte de prison.

(Elle était hyper bonne celle-là non?!!!)

Ma chambre
Ou étais-ce celle là…? Je ne m’en souviens plus vraiment
Sinon il y a aussi des vrais chambres

Les points positifs de bosser dans une prison/auberge de jeunesse ?

  • La free food !!! C’était un peu Noël tous les matins : les voyageurs, terminant généralement leur voyage en Nouvelle-Zélande à Christchurch, se délestent de leur surplus de nourriture avant de prendre l’avion. C’est donc la profusion de pots de Nutella, de beurre de cacahuètes, une pyramide de féculents, du riz premier prix, de la pâte en veux-tu en voilà, de la noodle… Le paradis de la bouffe étudiant/backpacker fauché !

  • Tu deviens la meilleure amie de tout le monde : les voyageurs qui reconnaissent ta tête dans les sombres couloirs de la prison viennent te parler de la pluie et du beau temps (surtout de la pluie en NZ), te demander des nouvelles de la famille, si le fantôme de la prison d’Addington existe vraiment, te donner ou écouter tes conseils sur la Nouvelle-Zélande, sur la vie… Les voyageurs arrivent dans un état esprit plutôt relax, amusés de passer une nuit dans une cellule : l’ambiance y est très bonne, on y rencontre tous les jours des personnes de tous les horizons. Une belle expérience !

    On ne sait jamais quels drôles de fantômes on peut croiser dans les couloirs…
  • (Si votre lecture s’est interrompue lors du passage sur le fantôme de la prison : alors oui, une équipe de blockbuster a confirmé la présence de fantômes et d’activités paranormales. Perso, je n’ai croisé aucun fantôme, mais qui sait, vous n’aurez peut-être pas cette chance. (… Ou comment couler l’auberge illico presto : qui a dit que je n’étais pas une bonne ambassadrice…!)

  • Nous étions plusieurs détenus ayant écopé d’une peine de longue durée en prison : 3 d’entre nous dans le rôle du maton/réceptionniste, 5 pour nettoyer les geôles. De l’allemand en pagaille, des français bien sûr parce qu’il en faut toujours, du japonais, du chinois, de l’anglais, du canadien… Nous vivions tous ensemble en coloc’ de détenus, comme une petite famille. Parce qu’il faut bien se faire des alliés en taule et se serrer les coudes ! C’est pas Piper Chapman (#Orange is the new black) qui me contredira.

  • Et surtout, last but not least, le fait de pouvoir placer dans n’importe quelle conversation mondaine : « ah oui tout à fait, j’ai fait ça du temps ou j’étais en prison » ou « Diantre oui, j’ai rencontré cette personne en prison ! ». Effet assuré ! Le public en reste toujours coi.

Le point négatif ? J’attends toujours que Michael Scofield avec le plan de la prison tatoué sur les fesses vienne me délivrer. J’ai bien l’impression que j’aurai pu rester croupir longtemps derrière les barreaux avant que cela n’arrive : je me suis donc auto-planifié moi-même mon propre JAIL ESCAPE !!! Le remake du film « Les évadés », mais en version kiwi baroudeuse et en solo !

Mission Jail Escape

Ils n’ont pas encore réussi à me rattraper (et pour cause : j’ai couru aussi vite que possible tout en haut du sommet de l’Avalanche Peak (1 833 mètres): là où personne n’aura le courage de venir me chercher !!!

10 Replies to “Allez tout droit en prison sans passer par la case départ”

  1. Notre tolarde preferee!quelle aventure!
    Et quel est l objet de ton délit!?!
    Meme pas un envoi d orange notre part…j imagine que tu t en es sortie avec un trafic de culottes portées (*orange is the new black)!!!

    1. Et non, pas d’envoi d’oranges, pas de visite carcérale, je suis un peu déçue! La prochaine fois que j’irai en prison..! 🙂

  2. Bouhou, ça fait un peu lugubre, non ?!! Sinon, j’ai cru entendre qu’ils allaient réaménager la vieille prison de BREST
    (Tonnerre de Brest !) : tu vas pouvoir postuler avec ton expérience !!

    1. C’est effectivement un peu particulier comme ambiance, on y sent une bouffée de liberté quand on y sort! Tiens, pourquoi pas ouvrir un hôtel..!!!

  3. Tu t’es acheté un Japyma de taularde???

    1. Non, je crains que l’orange ne me sied pas au teint!

      1. ou la rayure….

  4. Poum-poum short représente!!! 😉

    1. En l’absence d’Eloïse, il faut bien quelqu’un pour perpétuer le port du poum poum!!

      1. On verra si elle le sort en Avril on t’enverra ça 😉 y’aura peut etre un Noirmoutier effect

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