Akaroa, ou comment la Nouvelle-Zélande aurait pu être francophone

Et comment on aurait pu y savourer du vrai bon fromage comme on les aime, un vrai bon croissant qui croustille sous la dent, une ratatouille autre qu’à 28 dollars, tout cela sans devoir s’embêter à parler la langue de Shakespeare… Tout cela bien sûr, si ces foutus français n’avaient pas loupé leur tentative de colonisation de la Nouvelle-Zélande… !!!

C’est quelques jours avant le jour de Noël, alors que j’entamais déjà ma troisième semaine d’emprisonnement dans ma grise cellule derrière les barreaux, que l’envie de l’évasion au grand air me survint (#jailescape), sans pour autant devoir me déplacer trop loin de Christchurch. C’est sur le blog Kiwipal, l’ami numéro 1 du voyageur en Nouvelle-Zélande, que je découvre l’existence d’Akaroa, à 75kms de Christchurch, et de ses nombreuses activités plus insolites les unes que les autres : de la nage avec les dauphins, du kayak, de la course d’escargot (vous avez bien lu, course d’escargot!), tout cela dans l’un des plus beaux cadres de la Nouvelle-Zélande, la Péninsule de Banks, ou Banks Peninsula pour les plus anglophones d’entre vous. Intriguée par cette histoire de course d’escargot, c’est donc sous une liberté conditionnelle que je pars en escapade pour la journée en direction du village le plus français de Nouvelle-Zélande : Akaroa !

Et si le nom n’a rien de vraiment francophone, (il signifie « le long port », ou « la longue baie » en Maori) c’est sous une ambiance digne d’un 14 juillet que je débarque dans le village d’Akaroa : le drapeau français flotte dans les airs, les couleurs de la France sont omniprésentes dans tout le village, on nous vend de la gastronomie française aux 4 coins de rue (rue Lavaud, Rue Benoît, Rue Balguerie, Rue Jolie) , et c’est tout juste si on y entendrait pas la Marseillaise fredonnée sur la place de la Poste.

#foiragedecolonisation
Akaroa/France: this way
Allons enfants de la patriiiiiieuh

Me réjouissant, après plus de 7 mois dans un no man’s land de la gastronomie française, de pouvoir enfin déguster un vrai pain au chocolat sorti du four, ou une bonne crêpe comme à la maison, je déchante vite, tel un drapeau français en berne, lorsque je découvre les prix de ces produits français : 8 dollars le pain au chocolat/croissant, 10 dollars la « vraie » baguette, 28 dollars la ratatouille, et heureusement que je suis végétarienne, car je ne vous raconte pas le prix du bœuf bourguignon ou du magret de canard. Autant vous dire qu’il serait presque plus rentable de prendre le premier avion vers Paris pour y acheter un éclair au chocolat, plutôt que de déguster un dîner typiquement français à Akaroa.

Malgré mes rêves déchus de pâtisserie française, j’entame tout de même avec plaisir la visite du charmant village d’Akaroa, de son port (amis brestois, n’y voyez-vous pas une ressemblance avec le port du Conquet?), de son phare, de ses maisons au style colonial, et de tous les mémoriaux qui rappellent que la Nouvelle-Zélande aurait pu être française si ces « rosbifs » n’avaient pas été plus rapides et plus malins que nous !

Peut-être la maison de votre arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-père

… Un petit air du Conquet…?

C’est dans le but de développer le commerce de la pêche à la baleine, dans la première moitié du XIX siècle, que le fief capitaine Jean-François Langlois, paré à l’abordage, débarque avec son équipage dans la Banks Peninsula. Pour éviter le long trajet et les nombreux aller-retour France-Nouvelle-Zélande (à l’époque, ils n’avaient pas Netflix ni la TV dans leur bateau pour regarder la trilogie du Seigneur des Anneaux lors de leurs voyages), ils tentent d’établir une colonie française directement sur place. C’est donc de retour en France, que les (méchants pas gentils) messieurs chasseurs de baleines entament les procédures et démarches nécessaires pour une colonisation de l’île du sud de la Nouvelle-Zélande (ne me demandez pas quels moyens, mes compétences administratives se terminent aux démarches de la demande d’un Permis Vacances Travail). Lorsqu’ils reviennent au pays du long nuage blanc, prêts à poser valise, à planter le drapeau français et à répandre la baguette, il est déjà trop tard : les anglais, via le traité de Waitangi, on déjà pris possession de la Nouvelle-Zélande. Nous autres les mangeurs de cuisses de grenouille (enfin pas moi, mais les autres) devront donc se contenter du seul village d’Akaroa en guise de consolation. Et pour bien montrer qu’on est là, on va faire les choses à fond et francophoniser comme il se doit le village. (Quoi ? Qui a parlé de la fierté française?). Aujourd’hui encore, plus que la langue de Shakespeare, c’est la langue de Molière qui se fait le plus entendre dans le village. On s’y sentirait presque comme à la maison !

Pour me rappeler que je suis tout de même en Nouvelle-Zélande, et qu’on est pas là pour être ici, je poursuis mon excursion à 5 kms au sud d’Akaroa, vers le village maori Onuku, et de sa splendide église à ne surtout pas louper, avec vue… ! Et pas n’importe quelle vue : ce genre de vue qui vous fait vous asseoir et admirer le beau paysage une heure durant (ironique pour le nom du village, qui signifie y aller et revenir sans y rester trop longtemps…!)

L’église d’Onuku

Avec une vue pareil, on y vient et on y reste à Onuku!

Éblouie et engourdie par la beauté des paysages, c’est sous un beau ciel bleu que je prends le chemin du retour vers le bagne. Et pour faire durer le plaisir, je choisis de prendre la route touristique qui longe la côte de la péninsule de banks, jusqu’à la ville de Christchurch. Le genre de route qui te prend une éternité, puisque t’y es obligé de t’arrêter toutes les 5 minutes, pour te rendre vers toutes les petites criques magnifiques d’une beauté sauvage, et de prendre une photo tous les 500 mètres sur la route, une colonie de moutons prêts à surgir à tes pieds. A la fin, j’en avais tellement marre de m’arrêter tout le temps, que je ne prenais même plus la peine de bouger mes fesses de la kiwimobile: j’ouvrais la fenêtre et je prenais ma photo (de toute façon, ce n’est pas comme si j’avais des calories d’un pain au chocolat à éliminer).

Où s’arrête la mer? Où commence le ciel?
Vous comprenez maintenant pourquoi la route prend une éternité.

C’est sous ces paysages de fou que je termine ma visite d’Akaroa, le plus français des villages de Nouvelle-Zélande, «  my home away from home » !

2 Replies to “Akaroa, ou comment la Nouvelle-Zélande aurait pu être francophone”

  1. Oh c’est le premier endroit que j’avais visité dans l’Ile du Sud mais en fin de journée! C’est sublime.
    J’ai pas souvenir du prix de la baguette mais on a du arriver après 16h de toute façon alors c’était mort tout était fermé!

  2. Ouah toutes ces couleurs ! Tout est bleu, vert et turquoise, magnifique !!

Laisser un commentaire